un amour du pays qui est vécu surtout à distance
Le rapport de l’EESC, sur la base des réponses de plus de 4 600 mres, met des chiffres clairs sur ce paradoxe. Seulement 21,15% des répondants prévoient de terminer leurs valises pour de bon. Une part beaucoup plus importante, 44,15%, préférerait une vie à cheval sur le Maroc et leur pays de résidence, tandis que 17,25% excluent simplement un rendement. Ce choix s’explique non seulement par une intégration réussie dans leur société d’accueil, mais aussi par une série de freins qui découragent les plus motivés.
Cependant, le désir d’apporter votre pierre dans le bâtiment est très présent. Plus de la moitié des Marocains dans le monde disent qu’ils sont prêts à transférer leur savoir-faire (58,62%), à partager leurs compétences (54,34%) ou à investir financièrement (50,69%). Cet engagement se manifeste également par le désir de promouvoir l’image du royaume à l’échelle internationale. Ce désir de participation active contraste fortement à la réticence d’un retour physique, attirant les contours d’une citoyenneté qui est de plus en plus exercée à distance.
L’étude du CESE met le doigt sur la pierre d’achoppement principale: mauvaise gouvernance. Le rapport est clair et note que “les phénomènes et les actes perçus comme des formes de” corruption “cristallisent les réimpressions des répondants”. Près de huit mres sur dix (78,32%) pointent vers la corruption et la clientèle comme des affections paralysantes. Juste derrière, la lourdeur administrative et la lenteur des services publics sont citées par 76,98% des personnes interrogées comme un obstacle majeur à tout projet.
À ces obstacles s’ajoutent un manque de lisibilité. Le déficit de visibilité des opportunités d’investissement (53,55%), l’accès jugé trop limité aux informations (50,42%) ainsi que la lenteur du système judiciaire (44,66%) complètent ce petit tableau engageant, capable de prendre une douche les ambitions de rendement ou d’investissement plus substantielles. Même pour ceux qui l’envisagent, le rendement est souvent conditionné à un projet professionnel (47,17%), à la retraite (22,25%) ou à la réunification familiale (16,35%).
Ce sentiment est partagé à travers les générations. Les jeunes âgés de 25 à 45 ans, qui forment la majeure partie de l’échantillon, ne font pas exception. Bien que ancré dans leur pays d’accueil, 65,22% d’entre eux qualifient leurs liens avec le Maroc “Strong”. Ce lien est matérialisé par des actes concrètes: visites familiales (94,27%), transferts monétaires (72,53%), investissement dans des projets associatifs (34,71%) ou l’achat d’une résidence secondaire (24,38%).
L’enquête confirme que “la majorité des MDM n’envisagent pas le retour final au Maroc mais aspire cependant à servir son développement, à lui apporter ses compétences et son savoir-faire”. Un patriotisme économique et culturel qui ne demande qu’à s’exprimer pleinement, mais qui attend de forts signaux de la part des institutions: l’administration modernisée, une lutte efficace contre la corruption et une gouvernance plus transparente. L’attachement au Maroc ne peut pas être refusé, mais il a changé son visage, appelant à de nouvelles façons de le maintenir.