Le Maroc face à un inquiétant paradoxe alimentaire
Intitulé « Souveraineté alimentaire au Maroc 2025 », le rapport met en garde contre un « double fardeau sanitaire », citant la propagation de l’obésité et des carences en micronutriments. Une situation qui reflète une profonde transformation du mode de vie des Marocains au cours de la dernière décennie. Avant, les Marocains consommaient principalement des produits locaux et équilibrés, notamment des céréales, des légumes, de l’huile d’olive et des légumineuses. Mais avec l’ouverture du pays aux marchés internationaux, les Marocains ont modifié leurs habitudes alimentaires, privilégiant de plus en plus les produits transformés, importés et la restauration rapide. Ainsi, un Marocain consomme aujourd’hui en moyenne près de 3 100 calories par jour, contre 2 400 calories dans les années 1970.
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Selon le rapport, cette augmentation des calories ne signifie pas une amélioration de la qualité de l’alimentation. Bien au contraire. Les Marocains consomment aujourd’hui beaucoup plus de graisses saturées et de sucres rapides, abandonnant les aliments riches en fibres et en nutriments importants pour la santé, ce qui conduit au surpoids et à l’obésité. Les chiffres sont alarmants. Plus de 60% des Marocains souffrent de surpoids ou d’obésité, selon les données du Haut-Commissariat au Plan et de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) qui classent le Maroc parmi les pays touchés par une « crise du poids » croissante menaçant son système sanitaire et social. Les femmes sont particulièrement touchées, avec un taux d’obésité de 35,7% contre 22,6% chez les hommes. Le rapport explique cette différence par des facteurs sociaux, culturels et économiques, notamment le manque de sensibilisation à la nutrition, le déclin de l’activité physique et l’influence des publicités encourageant des modes de consommation malsains.
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Ce phénomène a de graves conséquences pour la santé publique, prévient le rapport, précisant que l’obésité entraîne des maladies chroniques comme le diabète, des problèmes cardiovasculaires et l’hypertension. Ces maladies coûtent de plus en plus cher au système de santé et représentent un fardeau économique et social croissant pour l’État. Alors que l’obésité est en hausse, les Marocains souffrent de carences en micronutriments (vitamines et minéraux essentiels). Les groupes vulnérables, notamment les femmes, les enfants et les populations des zones rurales, sont les plus touchés par ce phénomène. Environ 29,9 % des femmes en âge de procréer sont anémiques, signe d’une carence en fer. Parmi les enfants de moins de cinq ans, 15,1 % présentent un retard de croissance lié à une malnutrition chronique, et 2,6 % souffrent d’émaciation, note le rapport.
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Comment expliquer cette situation ? Le rapport pointe du doigt les politiques publiques des dernières décennies, qui ont favorisé les exportations agricoles et la génération de devises, au détriment de la sécurité alimentaire des Marocains. L’Institut marocain d’analyse politique estime que cette approche « commerciale » a affaibli la capacité du royaume à contrôler son système alimentaire et l’a rendu vulnérable aux fluctuations des prix mondiaux. Le principal problème n’est pas la quantité de nourriture disponible, mais sa qualité. Le régime alimentaire actuel manque de l’équilibre nécessaire pour assurer une croissance saine des enfants et préserver la santé des adultes, souligne le document.
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Pour sortir de cette impasse, le rapport appelle à adopter une vision globale de la souveraineté alimentaire, fondée sur la qualité plutôt que sur la quantité. Il appelle à produire et distribuer des aliments sains, équilibrés et abordables, en ciblant les populations vulnérables et en renforçant l’éducation nutritionnelle dans les écoles et les communautés. Le rapport recommande également la mise en place d’une stratégie nationale reliant l’agriculture, la santé et l’éducation, afin de promouvoir la production locale d’aliments nutritifs, de diversifier l’alimentation, de limiter les publicités sur les aliments nocifs destinées aux enfants et de développer des programmes de lutte contre l’obésité. L’avenir alimentaire du Maroc ne dépend pas de l’abondance de la production, mais de la capacité à construire un système alimentaire juste, équilibré et durable, qui garantisse la santé des citoyens et renforce la souveraineté du pays sur ses ressources alimentaires, conclut le rapport.