Une Espagnole vit avec 300 euros par mois au Maroc et tacle les « expatriés de luxe »
Basée dans la région de Taghazout, sur la côte ouest du royaume, cette jeune femme originaire de Gavà a fait le choix radical de l’immersion totale. Arrivée en juin 2024 pour une simple période de volontariat d’un mois, elle a finalement décidé de s’installer définitivement après être tombée amoureuse de l’ambiance et de la culture locale. Contrairement à de nombreux étrangers qui restent dans leur bulle, Jana a fait de la langue sa priorité absolue. Pour elle, apprendre le darija est « le minimum à faire » pour être traitée comme une locale. Cette maîtrise linguistique lui a permis de tisser des liens profonds avec la population, au point qu’elle évite désormais les rencontres avec d’autres étrangers au profit exclusivement de son cercle marocain.
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Son quotidien est loin du cliché de l’expatrié doré. Jana mène une vie austère avec un revenu mensuel d’environ 300 euros, qu’elle tire notamment de cours de danse dispensés dans le village voisin de Tamraght. Avec cette somme, elle couvre son loyer, la location de son studio professionnel et sa nourriture, admettant que les prix des supermarchés sont élevés et qu’elle n’aura jamais les moyens d’aller dîner au restaurant. Cette réalité économique alimente sa colère envers un certain type d’immigration occidentale: elle se dit “totalement contre” les expatriés qui arrivent avec des salaires suisses pour dépenser seulement 200 euros sur place, reproduisant selon elle les mécanismes de gentrification qu’elle fuyait en Catalogne.
Ses critiques s’étendent aux touristes influencés par TikTok, souvent déçus par le décalage entre les vidéos virales et la réalité. Face aux Espagnols surpris par l’aspect rustique de Taghazout, elle rappelle ironiquement que ce village de surfeurs n’est pas fait de cafés branchés, mais de chèvres, de vaches et parfois de déchets. Pour Jana, la valeur du Maroc réside dans cette authenticité rurale et la générosité désintéressée de ses habitants, loin du luxe artificiel des grandes villes comme Marrakech qu’elle compare à une « Barcelone du siècle dernier ».
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Cette immersion lui a également permis d’observer la condition féminine de l’intérieur. Si elle constate une certaine pression sociale qui « restreint » les femmes dès la naissance, elle a créé à travers ses cours de danse un espace de liberté où se mélangent Européens et Marocains. Elle raconte avec fierté avoir vu ses étudiants locaux s’exprimer sans retenue sur des rythmes « sexy style », loin des regards extérieurs. Malgré cet attachement viscéral et une philosophie de vie calquée sur le « carpe diem » marocain, l’aventure a une date d’expiration. Incapable d’économiser avec ses revenus actuels, Jana envisage de quitter le Maroc l’été prochain à la fin de son bail, pour retourner travailler en Espagne et renflouer ses caisses avant de chercher de nouvelles vagues ailleurs.