Le Maroc est-il devenu l’arme secrète de la Chine pour contourner les taxes occidentales ?
Dans un contexte de tensions commerciales exacerbées entre Pékin, Bruxelles et Washington, le Royaume profite de son positionnement stratégique pour devenir le pivot du « near-shoring » asiatique. Sur les 183 projets automobiles identifiés dans la région Moyen-Orient et Afrique du Nord au cours des deux dernières années, un quart implique des capitaux chinois, dont la moitié a débarqué sur le sol marocain. Cette attractivité repose sur un écosystème mature, une main d’œuvre qualifiée et surtout un accord de libre-échange avec l’Union européenne permettant aux constructeurs de préserver leur compétitivité face à des droits de douane plus sévères sur les véhicules électriques.
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Le pays consolide notamment sa position sur la chaîne de valeur stratégique des batteries grâce à ses immenses réserves de phosphate, composant essentiel de la technologie LFP (lithium-fer-phosphate). Cette ressource critique a favorisé l’implantation de géants comme Gotion High-Tech, qui a engagé 1,3 milliard de dollars dans une « Gigafactory », ou encore CNGR Advanced Materials. Ces investissements visent à sécuriser l’approvisionnement des constructeurs occidentaux tout en servant de colonne vertébrale à l’exportation de véhicules à coûts maîtrisés vers l’Europe.
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La dynamique industrielle s’étend désormais au-delà des composants électroniques, comme en témoigne le récent lancement d’un mégaprojet dans la région orientale. Le groupe chinois Shandong Yongsheng, via sa filiale Goldensun Tire Maroc, a démarré la construction d’un complexe de fabrication de pneumatiques dans la province de Driouch pour un montant de 6,7 milliards de dirhams. Ce site, présenté comme le plus grand du genre en Afrique, illustre la volonté de Pékin de diversifier son ancrage au Maroc pour couvrir l’ensemble de la chaîne de production automobile.
Cette offensive marocaine s’inscrit dans une tendance régionale où la zone MENA devient un débouché prioritaire pour l’industrie chinoise, dont les exportations ont bondi de plus de 60% par an depuis 2020. Mais là où les pays du Golfe restent des marchés de consommation majeurs, le Maroc se distingue par son rôle de pôle manufacturier. Face aux taxes prohibitives à 100 % aux États-Unis et aux surtaxes européennes, la délocalisation locale au sud de la Méditerranée apparaît comme la réponse logistique la plus pragmatique pour les constructeurs chinois comme BYD ou MG.