Trois syndicats de pharmaciens s’opposent à l’ouverture du capital et menacent une grève
Pharmacies au Maroc : trois syndicats dénoncent la recommandation d’ouverture du capital et menacent de grève
Trois syndicats de pharmaciens rejettent la recommandation d’ouverture du capital des officines au Maroc et annoncent une grève nationale possible, imminente.
Le 4 mars 2026, trois organisations syndicales représentant les pharmaciens ont publié un communiqué dur pour protester contre une recommandation du Conseil de la concurrence préconisant l’ouverture du capital des officines. Les syndicats condamnent le modèle de libéralisation proposé, assimilé à des expériences menées en Europe et en Arabie Saoudite, et estiment que son application au Maroc ne tient pas compte des spécificités nationales. Pour faire entendre leur opposition, ils indiquent qu’une première grève nationale pourrait être décidée dans les jours à venir.
Mobilisation des syndicats annoncée
Dans leur communiqué, les trois syndicats ont formulé une condamnation sans ambiguïté de la recommandation. Ils considèrent que la proposition, en ouvrant la possibilité d’investissements externes et de regroupements capitalistiques, menace la structure actuelle des officines et la mission sanitaire du pharmacien. Les organisations expliquent qu’elles réuniront leurs instances pour fixer une date de grève nationale et appellent leurs adhérents à se préparer à un mouvement d’ampleur si aucune réponse satisfaisante n’est apportée.
Points saillants de la recommandation contestée
La recommandation en cause recommande d’autoriser l’entrée de capitaux extérieurs dans le capital des pharmacies, de faciliter la constitution de réseaux ou de chaînes et de revoir certaines barrières réglementaires à l’investissement. Les auteurs de la recommandation citeraient des modèles étrangers pour justifier une plus grande compétition et une diversification de l’offre. Les syndicats reprochent à cette approche une transposition simpliste de solutions étrangères, sans tenir compte des règles professionnelles, du maillage territorial et des enjeux de santé publique propres au Maroc.
Arguments des pharmaciens : santé publique et indépendance professionnelle
Les syndicats mettent en avant plusieurs motifs d’inquiétude. Ils estiment que l’entrée de capitaux externes risque d’entraîner une pression sur la marge et les pratiques commerciales, au détriment du conseil pharmaceutique et de la qualité des services. Ils soulignent également la nécessité de préserver l’indépendance professionnelle du pharmacien vis-à-vis d’investisseurs dont les objectifs seraient principalement financiers. Sur le plan sanitaire, les syndicats craignent une réduction du rôle préventif et de suivi des patients si l’organisation des officines privilégie l’efficience commerciale.
Risques pour l’accès en milieu rural et tarification
Un argument récurrent avancé par les représentants est le risque d’aggravation des inégalités territoriales. Dans un contexte où certaines zones rurales sont déjà mal desservies, la concentration de capitaux et la recherche de rentabilité pourraient favoriser l’implantation dans les zones urbaines à fort potentiel et fragiliser la permanence des services pharmaceutiques dans les régions moins lucratives. Les syndicats redoutent par ailleurs une évolution de la politique tarifaire des produits et des médicaments, qui pourrait nuire au pouvoir d’achat des patients si des logiques commerciales l’emportent sur l’accès universel aux soins.
Calendrier de la grève et revendications précises
Les organisations ont déclaré qu’elles fixeraient prochainement la date de la première grève nationale, après consultation de leurs adhérents. Elles demandent des garanties précises : maintien de critères d’autorisation des officines, protection du statut professionnel, mécanismes de régulation pour éviter la concentration et dispositions spécifiques pour assurer l’accès en zones rurales. Les syndicats exigent également l’ouverture de négociations directes avec les autorités compétentes avant toute modification législative ou réglementaire.
Réactions attendues des autorités et scénarios possibles
Face à cette mobilisation annoncée, les autorités disposent de plusieurs options : engager un dialogue immédiat avec les syndicats pour préciser le contenu et les objectifs de la recommandation ; proposer des garde-fous réglementaires pour limiter les risques de concentration ; ou avancer vers une réforme plus large assortie d’études d’impact. Si la négociation échoue, le bras de fer social pourrait conduire à un mouvement de grève affectant la distribution de médicaments et les services en officine, ce qui poserait des défis en matière de continuité des soins.
Les prochains jours seront déterminants pour la suite du dossier. Les syndicats ont clairement fait savoir qu’ils attendent une réaction rapide des pouvoirs publics et qu’ils n’excluent pas de durcir le mouvement si leurs demandes ne sont pas prises en compte. La décision sur la date de la grève nationale devrait être communiquée à l’issue des consultations internes annoncées par les organisations.