Exode massif d’Akobo au Soudan du Sud, risque d’une nouvelle guerre civile
Soudan du Sud : évacuations massives à Akobo avant une offensive, craintes d’un retour à la guerre
Akobo évacuée après un ultimatum militaire : offensive et violences ont déplacé plus de 280 000 personnes et menacent de raviver une guerre au Soudan du Sud
La ville d’Akobo, bastion de l’opposition proche de la frontière éthiopienne, a été presque entièrement vidée après qu’une force militaire a imposé un ultimatum ordonnant l’évacuation des civils, du personnel humanitaire et des casques bleus en vue d’une attaque imminente. Des milliers de personnes ont fui vers l’Éthiopie voisine, tandis que l’activité des combats se rapprochait de la localité, illustrant la détérioration rapide de la fragile stabilité dans la plus jeune nation du monde.
Evacuations massives à Akobo
Les autorités militaires ont donné un délai strict pour le départ des habitants et des organisations présentes à Akobo, provoquant un exode massif dimanche et les jours qui ont suivi. Des vols organisés ont évacué la majeure partie du personnel humanitaire, mais certaines équipes médicales sont restées pour continuer à soigner les blessés. Des femmes, des enfants et des personnes âgées figurent parmi les déplacés qui ont traversé la frontière à pied ou par des véhicules de fortune. Les témoignages décrivent une ville presque vide et des bruits d’armes se rapprochant en soirée.
Opération Paix Endurante et progression militaire
L’ordre d’évacuation prolonge une opération militaire déclenchée en janvier et désignée comme Opération Paix Endurante par les autorités. Cette contre-offensive gouvernementale vise à reprendre des positions perdues au cours des semaines précédentes et intervient après une série d’avancées menées par des groupes d’opposition depuis décembre. Les mouvements des lignes de front ont provoqué des déplacements massifs : plus de 280 000 personnes ont été contraintes de fuir dans l’État de Jonglei depuis la fin de l’année précédente, selon les bilans humanitaires. La situation sur le terrain montre une montée en intensité des affrontements entre forces loyales au gouvernement et unités affiliées à l’opposition.
Attaque meurtrière dans le comté d’Abiemnom
Parallèlement aux évacuations dans l’est, une attaque dans le comté d’Abiemnom, au nord du pays, a fait un lourd bilan : au moins 169 personnes tuées, dont 90 civils, selon les comptes rendus provenant de la zone. Des centaines de personnes ont dû se réfugier dans une base de l’ONU. Les responsables locaux ont attribué l’assaut à des milices et à des éléments liés aux forces de l’opposition, tandis que des représentants des groupes visés ont nié toute responsabilité. L’ampleur des pertes civiles met en évidence le caractère dangereux et fragmenté des violences qui se propagent dans plusieurs régions.
Cibles humanitaires et pression sur les structures médicales
Les organisations humanitaires opérant sur le terrain ont subi des attaques répétées. Des établissements médicaux ont été détruits ou pillés, laissant des communautés entières privées de soins. Trente travailleurs humanitaires, parmi lesquels du personnel médical, figurent toujours parmi les disparus après des attaques aériennes et des pillages signalés dans plusieurs villes. Les équipes médicales qui restent en place s’inquiètent du manque de carburant et de moyens pour évacuer les patients vulnérables vers des sites plus sûrs, ce qui aggrave la crise sanitaire dans les zones touchées.
Détention de Riek Machar et implications politiques
Le Mouvement populaire de libération du Soudan en opposition (SPLM-IO), fidèle à l’ancien vice-président Riek Machar, contrôle encore certains bastions comme Akobo. Machar est assigné à résidence dans la capitale depuis mars 2025 et fait face à des accusations graves qui ont alimenté les tensions politiques. Sa détention a coïncidé avec une intensification des opérations menées par des factions dissidentes et a contribué à l’effritement progressif de l’accord de paix de 2018. Les fractures politiques internes et les mesures prises contre des figures de l’opposition pèsent sur toute tentative de dialogue national.
Risque d’effondrement de la transition et appels à l’engagement international
Les institutions chargées de préserver la paix et la transition politique montrent des signes de faiblesse. Des organes de surveillance des droits humains ont mis en garde contre la possibilité d’un retour à un conflit à grande échelle si les dirigeants et la communauté internationale n’accroissent pas leur engagement. Selon les analyses émises par des observateurs, empêcher l’escalade des atrocités et protéger les civils nécessitera une action coordonnée, tant au niveau national que régional et international, pour stabiliser le pays et garantir l’accès humanitaire.
La détérioration sécuritaire au Soudan du Sud met en péril des années d’efforts de paix et multiplie les urgences humanitaires : déplacements massifs, hôpitaux hors service, absence d’accès sécurisé aux soins et risque accru de violences intercommunautaires. La trajectoire des prochaines semaines sera déterminante pour savoir si la nation parviendra à contenir la spirale de violence ou si elle retombera dans un conflit généralisé aux conséquences humanitaires dramatiques.