Pétrole pourrait grimper jusqu’à 200 dollars le baril si Ormuz reste fermé
Peur d’un pétrole à 150–200 $ : la flambée des cours après les attaques au Golfe inquiète les marchés
Conflit Iran-Moyen-Orient: prix du pétrole bondissent; Brent franchit 100$; risques d’un baril à 150–200$ menacent inflation et croissance mondiale globalement
Le récent affrontement militaire impliquant les États-Unis, Israël et l’Iran, déclenché le 28 février 2026, a précipité une hausse marquée des prix du pétrole en quelques semaines. Les marchés, déjà sensibles aux perturbations géopolitiques, évaluent désormais sérieusement la possibilité que le baril dépasse 150 dollars, voire atteigne 200 dollars si les perturbations se prolongent et si le passage par le détroit d’Ormuz demeure interrompu.
Attaques récentes et impact immédiat sur les routes maritimes
Le 18 mars 2026, une frappe sur le gisement gazier de South Pars en Iran a été suivie d’actions contre des installations pétrolières et gazières dans plusieurs pays de la région. Dans les jours qui ont suivi, l’Iran a déclaré le détroit d’Ormuz fermé et a menacé de frapper tout navire tentant de traverser, entraînant un quasi-arrêt du trafic. Seuls quelques navires, majoritairement battant pavillon de pays asiatiques, ont reçu l’autorisation de passage, tandis que les tentatives d’organiser un convoi naval international n’ont pas abouti.
Évolution des cours depuis la fin février
Les prix ont fortement progressé au début du mois de mars : le Brent a atteint près de 120 dollars le 9 mars 2026 et n’est plus retombé sous la barre des 100 dollars depuis le 13 mars 2026. Après l’incident de South Pars, les cours ont de nouveau bondi et ont franchi les 108 dollars le 18 mars 2026. Le 19 mars 2026, les contrats à terme sur le Brent ont dépassé 112 dollars, reflétant la nervosité persistante des opérateurs.
Pression sur l’offre et estimations de déficit
Les perturbations des flux maritimes via Ormuz exercent une pression immédiate sur l’approvisionnement mondial : des estimations de cabinets de recherche et d’institutions financières indiquent un déficit quotidien de plusieurs millions de barils, même en tenant compte des libérations de stocks stratégiques. Des réserves d’urgence d’une ampleur significative ont été mobilisées en coordination internationale, mais elles ne compensent pas entièrement l’arrêt des transports maritimes. La durée de la fermeture du détroit demeure le facteur clé pour évaluer l’ampleur future de la hausse des prix.
Scénarios de prix et divergences d’analystes
Les prévisions divergent : certains observateurs évoquent déjà des références régionales ayant franchi la barre des 150 dollars, rendant plausible une trajectoire vers 200 dollars pour certains indices. D’autres analystes estiment que 200 dollars pour le Brent serait possible si les liaisons maritimes restaient obstruées pendant une longue période. À l’inverse, des voix plus prudentes soulignent la montée rapide de la production dans plusieurs pays (Amériques et autres) et l’existence de voies alternatives, comme des oléoducs, pour limiter la hausse. Le scénario final dépendra largement de la durée des perturbations et de la réponse coordonnée des producteurs.
Conséquences macroéconomiques et risques pour la croissance
Une flambée durable des prix pèserait sur l’économie mondiale : une institution multilatérale a calculé qu’une hausse de 10 % du prix du pétrole soutenue sur un an se traduirait par une augmentation d’environ 0,4 point de pourcentage de l’inflation mondiale et une réduction de 0,15 point de la croissance. Un baril à 150–200 dollars ferait peser un risque important sur l’inflation, l’emploi et la production industrielle, et pourrait provoquer des pénuries ou des tensions d’approvisionnement dans des secteurs dépendants des dérivés du pétrole, comme les engrais et les plastiques. Le sommet historique nominal du Brent, à 147,50 dollars enregistré en 2008, sert désormais de référence psychologique ; en termes réels, ce niveau équivaut à un montant supérieur aujourd’hui.
Des mécanismes automatiques — réduction de la demande par les consommateurs et augmentation de l’offre par les producteurs — pourraient finir par modérer la hausse, mais la rapidité et l’ampleur de ces ajustements restent incertaines. La « destruction de la demande », processus où une partie de la consommation disparaît sous l’effet de prix trop élevés, interviendrait, mais peut s’avérer insuffisante pour éviter une période prolongée de prix élevés si l’offre demeure contrainte.
Les prochains jours et semaines seront déterminants : la réouverture ou non du détroit d’Ormuz et l’évolution des réponses politiques et industrielles détermineront si le marché bascule vers des prix modérés grâce à des substitutions et des capacités de réserve, ou s’il s’engage sur une trajectoire vers 150–200 dollars le baril avec des répercussions palpables sur l’économie mondiale.