Téhéran célèbre Norouz 2026 entre bombardements, coupure d’Internet et deuil
Norouz célébré à Téhéran le 20 mars 2026 malgré des frappes aériennes et un important black-out numérique
Norouz à Téhéran le 20 mars 2026: célébrations malgré bombardements, coupure d’Internet au 21e jour, files d’attente et visites de tombes et tensions sociales
L’Iran a célébré le Norouz, le Nouvel An persan, le 20 mars 2026 à 18 h 15 min 59 s heure locale (14 h 45 min 59 s GMT), pour la première fois dans un contexte de guerre comparable à celui des années 1980. Malgré des frappes aériennes et des bombardements intermittents, les Iraniens ont observé les traditions du printemps : achats de fleurs, réunions familiales et visites aux tombes des proches. La capacité de la population à marier rites anciens et réalité militaire a dominé la journée, tandis que l’État maintenait des mesures strictes de sécurité et un contrôle quasi total des communications.
Norouz célébré malgré les bombardements
Le moment précis de l’équinoxe a été marqué dans des maisons et sur des toits à travers le pays malgré des vagues d’attaques aériennes pendant la nuit et à intervalles pendant la journée. Certaines batteries de défense anti-aérienne de Téhéran ont tiré par intermittence peu après le début de la nouvelle année, geste interprété par beaucoup comme une réponse à la fois défensive et symbolique. Des habitants ont applaudi depuis leurs fenêtres et certains ont scandé des slogans antigouvernementaux, illustrant la coexistence de manifestations de célébration et de tensions politiques.
Affluence dans les marchés et vie quotidienne réduite
Des files se sont formées dans les marchés de Téhéran et dans d’autres villes pour acheter des fleurs et préparer les tables traditionnelles du Haft Sin. Plusieurs habitants ont déclaré que la capitale, qui compte plus de 10 millions d’habitants, paraissait plus peuplée cette semaine que lors des premiers jours du conflit, certains revenus ayant choisi de regagner leur domicile après des déplacements temporaires pour se mettre à l’abri. La circulation était réduite et la ville loin de son agitation habituelle, sous un ciel régulièrement traversé par des avions et des drones.
Visites de tombes et mémoire des manifestants tués
Conformément aux traditions du dernier jeudi de l’année, de nombreuses familles se sont rendues dans les cimetières pour nettoyer les tombes, installer de petites tables de Haft Sin et déposer des fleurs. Pour des milliers de proches, ces visites ont rouvert des blessures récentes liées aux manifestations nationales de janvier. Des scènes de deuil et de colère se sont succédé autour des tombes, où des familles ont dénoncé les circonstances des décès et évoqué des pressions et de possibles menaces administratives après les rassemblements.
Bilan des victimes marqué par des chiffres contradictoires
Le nombre de morts lié aux récentes violences reste l’objet d’estimations largement divergentes. Les chiffres disponibles publiquement varient fortement, allant de quelques milliers selon des bilans officiels à des dizaines de milliers avancés par d’autres recensements non gouvernementaux. Ces écarts témoignent de l’opacité des informations et des difficultés d’accès indépendants sur le terrain, tandis que la classification des victimes et la vérification des circonstances restent contestées.
Mesures d’État et restrictions des communications
Les autorités ont maintenu une coupure quasi totale d’Internet pour une durée prolongée, atteignant le 21e jour le 20 mars 2026, limitant la plupart des citoyens à un intranet national offrant des services restreints. Cette réduction drastique de la connectivité a alimenté un marché noir des outils de contournement et limité la circulation d’informations vérifiables. Parallèlement, le gouvernement a assuré l’absence de pénurie de carburant malgré des attaques contre des infrastructures pétrolières, en autorisant la distribution quotidienne de carburant à 30 litres par carte par tête d’usager.
Sécurité renforcée et répression signalée
Le déploiement de forces paramilitaires et des dispositifs de contrôle urbain s’est intensifié, avec des points de contrôle et des patrouilles visibles dans plusieurs régions. Des incidents récents ont causé des pertes parmi les milices locales et des responsables de sécurité ont été tués au cours des frappes, aggravant un climat de tension. Les autorités ont par ailleurs mis en garde contre la diffusion d’images des sites d’impact et des dispositifs de sécurité, menaçant d’arrestations et de poursuites pour les contrevenants. Des exécutions liées aux événements de janvier ont aussi été rapportées, suscitant des inquiétudes internationales sur les procédures judiciaires et le respect des droits.
La journée de Norouz 2026 a donc été marquée par un contraste saisissant : rites anciens et rassemblements familiaux d’un côté, violences et restrictions drastiques de l’autre. L’équilibre entre la volonté de préserver des traditions millénaires et la réalité d’un pays en guerre a façonné des scènes de célébration teintées d’inquiétude, tandis que les chiffres et les récits continuent de diverger et que la population demeure soumise à de fortes contraintes sécuritaires et informationnelles.