Jouets rares et hors de prix à Gaza privent les enfants de l’Aïd
À Gaza, la rareté et la flambée des prix privent les enfants de jouets pour l’Aïd
À Gaza, la pénurie de jouets et une hausse des prix jusqu’à 300 % empêchent de nombreuses familles d’acheter des cadeaux pour l’Aïd, accentuant la fragilité sociale et économique.
Marché d’Al‑Rimal confronté à une pénurie visible
Sur le marché central d’Al‑Rimal, à Gaza, un stand de jouets attire les regards mais pas les portefeuilles. Rania al‑Saudi, déplacée de Shujayea vers l’ouest de la ville, est venue chercher deux poupées pour l’Aïd pour ses filles Razan et Lulwa. Face à des étiquettes devenues inabordables, elle a renoncé. Les expressions des enfants traduisent une incompréhension accrue : ce qui était auparavant peu coûteux est devenu un luxe inaccessible.
Hausse des prix confirmée par des exemples concrets
Les commerçants et clients observent des augmentations massives. Une poupée qui valait environ 15 shekels avant le conflit se négocie désormais autour de 60 shekels. Une petite voiture est passée d’environ 40 shekels à 150, et une simple balle est passée de 3 à 30 shekels. Certains vendeurs estiment que les prix sont en moyenne trois fois supérieurs à ceux d’avant-guerre. Ces hausses transforment des achats traditionnels de fête en dépenses impossibles pour de nombreuses familles.
Commerçants pris entre coûts d’approvisionnement et risques
Les commerçants expliquent que ils ne peuvent pas absorber ces surcoûts. Anwar al‑Huwaity, présent dans le commerce depuis deux décennies, décrit la recherche de stocks comme un parcours d’obstacles : des lots résiduels, des intermédiaires et des routes non officielles deviennent la norme. Le transport devient cher et risqué ; certains intermédiaires exigent des sommes très élevées, jusqu’à 12 000 shekels pour une petite cargaison, et la confiscation ou la destruction d’une livraison laisse la perte à la charge du vendeur. Ces facteurs obligent les marchands à répercuter les coûts sur les consommateurs.
Entraves aux passages et effets sur l’offre
Depuis le déclenchement des hostilités en octobre 2023, le commerce a été fortement perturbé, notamment par la fermeture des points de passage commerciaux. Les restrictions administratives et sécuritaires, ainsi que la priorité donnée aux biens humanitaires, ont réduit l’entrée de marchandises non essentielles. En conséquence, les jouets et matériels de loisirs sont devenus quasi inexistants dans les circuits officiels et n’entrent souvent que via des voies informelles et limitées, ce qui accentue leur rareté et fait grimper les prix.
Impact social sur les familles et traditions de l’Aïd
Au-delà de la dimension économique, la pénurie touche des rituels sociaux importants. Beaucoup de familles ne peuvent plus acheter de vêtements neufs pour l’Aïd, tradition fortement ancrée, ni offrir de jouets qui symbolisent la joie des enfants lors des fêtes. Des parents racontent la détresse de voir leurs enfants pleurer face à l’absence de cadeaux. Les jouets détruits, perdus ou abandonnés pendant les déplacements ont poussé les enfants à inventer des jeux de rue simples — marelle, cache‑cache, dessins dans le sable — mais ces substitutions ne compensent pas la perte d’un cadeau attendu.
Revenus des commerçants et perspectives du marché local
Autrefois, la période des fêtes représentait pour les vendeurs une part significative de leurs revenus : des recettes saisonnières qui pouvaient atteindre plusieurs milliers de dollars pour certains stands. Aujourd’hui, les ventes sont morcelées et largement orientées vers des transactions en gros entre commerçants, plutôt que vers des achats familiaux. Certains marchands expliquent vendre parfois à perte pour écouler des stocks, tandis que d’autres espèrent un retour à la normale si les conditions d’entrée des marchandises s’assouplissent. Pour l’instant, la conjoncture économique locale reste fragilisée par l’insécurité, le coût du transport et l’inflation des produits non essentiels.
Les témoignages de parents et de vendeurs au marché d’Al‑Rimal dessinent un tableau où la joie des fêtes se heurte à des contraintes structurelles : absence d’approvisionnement régulier, hausse des intermédiaires et pouvoir d’achat érodé. Tant que l’entrée des biens non essentiels restera restreinte et que les risques logistiques persisteront, de nombreuses familles continueront d’affronter des Aïd sans cadeaux, et des commerçants éprouveront la difficulté d’un commerce qui, autrefois, apportait des sourires aux enfants.