Chiffre d’affaires pharmaceutique en hausse mais revenus par officine en baisse au Maroc
Pharmacies au Maroc: chiffre d’affaires en hausse entre 2016 et 2024, mais revenu moyen par officine en baisse
De 2016 à 2024, le chiffre d’affaires des pharmacies marocaines a crû de 11,12 à 13,52 MMDH (+21,6%) tandis que le revenu moyen par officine a chuté à 950.000DH.
Entre 2016 et 2024, le secteur officinal au Maroc a vu son chiffre d’affaires global augmenter, passant de 11,12 milliards de dirhams à 13,52 milliards de dirhams, soit une progression de 21,6% sur huit ans. Cette hausse se traduit par un taux de croissance annuel moyen modéré de 2,46%. Pourtant, dans le même temps, le revenu moyen par pharmacie est passé de 1,1 million de dirhams en 2016 à 950.000 dirhams en 2024, montrant une baisse sensible du chiffre d’affaires par unité.
Données clés et évolution 2016–2024
Les chiffres disponibles pour la période 2016–2024 mettent en lumière un paradoxe apparent : croissance du marché et affaiblissement des revenus unitaires. Si le total secteur augmente de près de 22% en valeur, cette progression n’a pas suffi à compenser la dilution du revenu moyen par officine. Le taux de croissance annuel moyen de 2,46% illustre une expansion régulière mais peu dynamique, susceptible d’être absorbée par des facteurs structurels comme la multiplication des points de vente.
Ralentissement du revenu moyen par officine
La baisse du revenu moyen — de 1,1 million DH à 950.000 DH — reflète d’abord un effet de répartition : l’ouverture de nouvelles pharmacies augmente le nombre d’exploitants et fait baisser la moyenne nationale. Au-delà de l’effet purement arithmétique, la tendance révèle des pressions concurrentielles et commerciales qui limitent la capacité des officines à maintenir ou augmenter leur chiffre d’affaires individuel.
Pression sur les marges liée à la baisse des prix des médicaments
Plus de 90% des revenus des pharmacies proviennent de la marge sur les ventes de médicaments. Or la réduction continue des prix des produits pharmaceutiques pèse directement sur ces marges. Des politiques de régulation des prix, des remises commerciales et la concurrence entre officines favorisent une diminution de la rémunération à l’acte commercial. Cette dynamique fragilise particulièrement les petites officines dont la structure de coûts reste peu flexible.
Conséquences opérationnelles et financières pour les officines
La contraction du revenu moyen a plusieurs implications opérationnelles : compression des marges, difficulté à absorber les coûts fixes (loyer, salaires, approvisionnement), et réduction des capacités d’investissement (numérisation, renouvellement d’équipement). À court terme, certaines officines pourraient réduire leurs effectifs ou limiter des services non essentiels. À moyen terme, le modèle économique basé presque exclusivement sur la marge médicament montre ses limites, surtout dans les zones urbaines où la concurrence est forte.
Stratégies possibles pour restaurer la rentabilité
Pour répondre à ces tensions, les officines ont plusieurs leviers : diversification des sources de revenus (parapharmacie, dispositifs médicaux, prestations de soins ou de dépistage, vaccination, télépharmacie), optimisation des achats via des achats groupés ou des centrales d’achat, et développement de services à valeur ajoutée. La consolidation du secteur — via des groupements ou des rapprochements commerciaux — peut aussi améliorer le pouvoir de négociation face aux fournisseurs et réduire les coûts d’approvisionnement.
La trajectoire observée entre 2016 et 2024 montre un marché qui croît en valeur mais qui se fragilise à l’échelle de l’officine. Le défi pour les pharmaciens est d’adapter leur modèle économique à une structure de revenus plus contrainte, en combinant maîtrise des coûts, diversification des offres et alliances commerciales pour préserver l’accès aux médicaments et la viabilité des officines.