Pénurie de GNL au Pakistan après les frappes sur Ras Laffan et South Pars
Le Pakistan passe d’un excédent de GNL à une crise énergétique après les frappes régionales
Conflit regional et arret du GNL qatari font basculer le Pakistan d’un excedent vers une penurie energetique, alourdissant dette, prix et risques pour l’ete.
Le Pakistan, qui commençait 2026 avec un excédent apparent de gaz naturel liquéfié (GNL), se retrouve brusquement confronté à une pénurie d’approvisionnement après une série d’attaques régionales. En l’espace de quelques jours fin février et mars 2026, frappes militaires et ripostes ont interrompu des exportations majeures de GNL, transformant une situation de surplus — due à une demande affaiblie et à une expansion rapide du solaire — en un choc d’offre aux conséquences financières et opérationnelles lourdes pour le pays.
Basculement rapide d’un excédent à une pénurie
Au début de l’année, le Pakistan importait davantage de GNL qu’il n’en consommait, après une baisse de la demande qui a vu les importations chuter depuis leur pic de 8,2 millions de tonnes en 2021 à environ 6,1 millions de tonnes fin 2025. Des cargaisons excédentaires avaient été vendues à l’étranger et la production nationale avait été volontairement réduite pour éviter un gaspillage d’infrastructures. Cette situation a volé en éclats après les frappes du 28 février 2026 et les attaques subséquentes sur des installations gazières dans la région, entraînant l’arrêt presque complet des expéditions transitant par le détroit d’Ormuz.
Attaques sur Ras Laffan et South Pars
Le 2 mars, des installations gazières à Ras Laffan ont été frappées, provoquant l’arrêt de la production du plus grand complexe d’exportation de GNL au monde. Le 18 mars, une attaque a atteint le champ gazier offshore de South Pars en Iran, qui est connecté géologiquement au gisement qatari North Field. Ces événements ont menacé simultanément la production des deux sites et entraîné des réductions de production prolongées, avec des réparations évaluées à plusieurs années et une baisse initiale de l’ordre de 17 % de la production qatarie.
Interruption des livraisons et hausse des prix
Les livraisons de GNL prévues vers le Pakistan ont été fortement réduites dès mars 2026. Alors que le pays recevait entre huit et douze cargaisons par mois avant la guerre, seules deux sont parvenues en mars. Les prix du GNL sur le marché spot ont augmenté : un panier d’achats gouvernementaux qui coûtait en moyenne 10,47 dollars par MMBtu à la mi-février est passé à 12,49 dollars par MMBtu le 12 mars, soit une hausse de près de 19 % en un mois. Parallèlement, le pétrole brut a dépassé 109 dollars le baril et les cours du gaz européen ont connu des variations significatives, accentuant la pression sur les coûts d’importation.
Structure des approvisionnements du Pakistan
Le mix gazier du Pakistan repose sur trois sources : la production domestique déclinante (environ 2 700 millions de pieds cubes par jour), des importations de GNL (environ 600 millions de pieds cubes par jour en période normale) et le GPL en bouteille pour les zones non raccordées. Les contrats à long terme avec des fournisseurs étrangers couvraient une partie importante des besoins, mais manquaient de flexibilité. La dépendance quasi exclusive à quelques partenaires d’exportation a rendu le pays vulnérable aux interruptions externes.
Endettement et surplus non stocké
La baisse de la demande en 2025, alimentée par l’essor de l’énergie solaire et la réduction de la consommation industrielle, a créé un surplus de GNL pour lequel le pays ne disposait pas de capacités de stockage suffisantes. Des cargaisons ont été détournées ou injectées à perte dans les réseaux nationaux, creusant un déficit chronique. La dette circulaire du secteur gazier a atteint des niveaux considérables, et des engagements financiers pour des expéditions futures se traduisent par des passifs sur plusieurs années, alourdissant la charge budgétaire nationale.
Mesures d’urgence et perspectives pour l’été
Face à l’interruption des importations, les autorités ont rétabli une partie de la production nationale précédemment réduite et envisagé un recours accru au charbon importé et à l’hydroélectricité pour compenser. Des coupures programmées de courant et des mesures d’économie d’énergie sont anticipées pour l’été, alors que la demande de pointe peut dépasser largement les niveaux actuels. Le mazout de secours a vu son coût augmenter et l’option du marché spot pour le GNL apparaît financièrement risquée face à une concurrence mondiale plus riche.
La conjonction d’un choc d’offre international, d’une planification énergétique rigide et d’une transition solaire rapide a exposé la vulnérabilité du système énergétique pakistanais. À court terme, la priorité restera la gestion des cargaisons, la stabilisation des approvisionnements domestiques et la protection des secteurs essentiels; à moyen terme, des réformes des contrats, des capacités de stockage et une diversification accrue des sources d’énergie seront nécessaires pour réduire le risque d’un retour similaire de pénurie.