Donateurs promettent 1,3 milliard d’euros pour le Soudan, Khartoum rejette la conférence
Berlin : 1,3 milliard d’euros promis, mais Khartoum rejette la conférence comme une « approche coloniale »
À Berlin, donateurs promettent 1,3 milliard € pour le Soudan; Guterres appelle à la fin du conflit. Khartoum qualifie la conférence d’« approche coloniale » ; frictions
La conférence internationale tenue à Berlin le 15 avril 2026 a abouti à des promesses d’aide humanitaire atteignant 1,3 milliard d’euros pour le Soudan, tout en révélant des fractures politiques majeures : Khartoum a vivement rejeté la réunion, la qualifiant d’« approche de tutelle coloniale », alors que la communauté internationale multiplie les appels pour mettre fin à la guerre qui ravage le pays depuis avril 2023. Le secrétaire général de l’ONU a qualifié l’anniversaire du conflit de « cauchemar » et a alerté sur la portée régionale de la crise.
Engagements financiers et montants annoncés
Les donateurs réunis à Berlin ont annoncé des promesses totalisant 1,3 milliard d’euros (environ 1,5 milliard de dollars) destinés à l’aide humanitaire au Soudan. L’Allemagne a indiqué un engagement direct de 212 millions d’euros. Ces fonds visent à répondre à des besoins considérables : fourniture de nourriture, soins médicaux, abris et protection des civils déplacés. Les organisateurs ont présenté ces promesses comme une réponse d’urgence pour soutenir les organisations humanitaires sur le terrain.
Appel onusien et bilan humanitaire
Le secrétaire général des Nations unies a dénoncé la guerre comme un « cauchemar » et insisté sur l’urgence d’y mettre un terme. Selon les chiffres évoqués lors de la réunion, près de 34 millions de personnes au Soudan nécessitent une assistance humanitaire et plus de 4,5 millions ont été contraintes de fuir leur domicile. Les témoignages et rapports cités par des acteurs internationaux ont également mis en lumière une forte hausse des violences sexuelles et des atteintes aux droits des femmes et des filles dans les zones de conflit.
Exclusion des belligérants et limites du format
La conférence, conçue comme une rencontre de donateurs et de facilitateurs diplomatiques, a rassemblé une douzaine de ministres des Affaires étrangères et plus de soixante délégations. Les deux principaux acteurs du conflit — l’armée soudanaise et les Forces de soutien rapide (RSF) — ont été exclus du format, une décision destinée à préserver la neutralité du lieu et à concentrer les efforts sur la riposte humanitaire et le soutien aux négociations. Cette exclusion a toutefois été critiquée par Khartoum, qui l’a présentée comme une démarche unilatérale et non consultative.
Réplique de Khartoum et accusation d’ingérence
Le ministère soudanais des Affaires étrangères a qualifié la réunion d’« approche de tutelle coloniale », reprochant aux gouvernements occidentaux d’avoir organisé la conférence sans coordination avec le gouvernement central. Khartoum a affirmé qu’il n’accepterait pas que des États ou organisations internationales décident de ses affaires internes sous le couvert de la neutralité et a mis en garde contre des conséquences pour la stabilité régionale si l’armée nationale était assimilée à une milice criminelle. Les Forces de soutien rapide n’ont pas fait de commentaire officiel immédiat sur la conférence, mais ont reconnu, dans des publications publiques, le troisième anniversaire des combats.
Position de l’Union africaine et appel au cessez-le-feu
La présidence de l’Union africaine, représentée à Berlin, a rappelé la gravité des crimes commis et l’ampleur de la destruction au Soudan. Le président de l’Union africaine a appelé à la convergence de tous les efforts pour obtenir une cessation des hostilités, qualifiant un cessez-le-feu de condition indispensable pour permettre l’acheminement sécurisé de l’aide et la reprise de négociations crédibles. L’Union africaine a également exprimé sa préoccupation face aux divisions au sein des forces civiles soudanaises et a promis d’intensifier son engagement diplomatique pour favoriser une solution inclusive.
Perspectives diplomatiques et défis à court terme
Les engagements financiers constituent une aide immédiate mais ne résolvent pas les obstacles politiques qui empêchent la paix. Les principaux défis restent l’accès humanitaire régulier aux zones de combat, la protection des civils, la lutte contre les violences sexuelles systématiques et la réintégration des personnes déplacées. Par ailleurs, la fracture entre les approches internationales et la position de Khartoum risque de compliquer la mise en œuvre des promesses si des mécanismes de coordination acceptés par toutes les parties ne sont pas établis rapidement.
La conférence de Berlin marque une mobilisation internationale notable en faveur des populations soudanaises, mais elle révèle aussi l’écart entre assistance humanitaire et solutions politiques durables. Sans avancées concrètes vers un cessez‑le‑feu et une inclusion des acteurs locaux dans des pistes de sortie de crise, les promesses financières risquent de n’apporter qu’un répit temporaire face à une crise qui continue d’alimenter l’instabilité régionale.