Gaza : peur d’exécutions de prisonniers palestiniens après la loi israélienne
Gaza : une mère redoute pour ses fils détenus après l’adoption d’une loi autorisant la peine de mort
À Gaza, une mère s’inquiète pour ses fils détenus alors qu’Israël a adopté le 30 mars 2026 une loi permettant la peine capitale; les détentions ont fortement augmenté.
Inaam al‑Dahdouh, 62 ans, passe la Journée des prisonniers palestiniens entourée de ses six petits‑enfants dans une tente de déplacés à Gaza, retournant une photo de ses trois fils détenus depuis décembre 2023. Leur arrestation intervient dans le contexte d’un conflit qui a profondément transformé la vie dans la bande de Gaza et multiplié le nombre de détenus dans les établissements pénitentiaires israéliens. À cela s’ajoute, fin mars 2026, l’adoption par le parlement israélien d’une loi autorisant l’application de la peine de mort pour des personnes reconnues coupables de meurtres par des tribunaux militaires, une évolution qui a ravivé l’angoisse des familles des prisonniers.
Arrestation familiale lors de l’assaut d’al‑Shifa
Le 15 décembre 2023, lors d’un assaut autour de l’hôpital al‑Shifa, les forces militaires ont, selon la famille, pris d’assaut la maison où vivaient Mahmoud (30 ans), Alaa (27 ans) et Diaa (24 ans). Les trois frères ont été arrêtés après un siège et un raid armé. La famille a fui vers le sud, tandis que le mari d’Inaam, âgé alors de 65 ans, est resté et son corps a été retrouvé dix jours plus tard. Depuis leur arrestation, la communication avec les détenus est rare et fragmentaire; les rares nouvelles parviennent seulement via des récits de prisonniers récemment libérés.
Profil des détenus et modes de détention
Les trois fils d’Inaam étaient des civils : l’aîné père de six enfants, Alaa diplômé en droit, et Diaa qui préparait son entrée dans la vie active. D’après les informations partielles dont dispose la famille, Alaa et Diaa ont été transférés dans la prison du Néguev, tandis que Mahmoud aurait été vu à Ofer, des localisations sujettes à changement en raison de transferts fréquents. Les familles dénoncent l’absence d’information régulière et l’utilisation de détentions administratives — des placements sans inculpation formelle — qui empêchent toute visibilité durable sur la situation des détenus.
Augmentation des détentions et mortalité en détention
Les défenseurs des droits des prisonniers signalent une hausse importante du nombre de personnes détenues depuis le début du conflit en octobre 2023. Les chiffres communiqués par des organisations de défense font état de plusieurs milliers de détenus supplémentaires par rapport à la période précédente au conflit, y compris des centaines d’enfants et plusieurs milliers placés en détention administrative. Plus de cent décès de détenus ont été rapportés depuis le déclenchement des hostilités, dans un contexte décrit par des familles comme une détérioration des conditions de détention et de soins.
Adoption de la loi sur la peine de mort et ses implications
Le 30 mars 2026, le parlement israélien a voté une loi rendant possible l’application de la peine de mort contre des personnes reconnues coupables par un tribunal militaire du meurtre d’Israéliens. Dans la pratique, la mesure vise principalement les personnes jugées par des juridictions militaires, et les débats portent sur la possibilité de constituer des tribunaux distincts pour les habitants de Gaza. Les autorités et des responsables politiques ont salué la décision, tandis que des critiques et des gouvernements étrangers ont exprimé leur inquiétude quant aux effets potentiels sur les droits des détenus et le respect des procédures judiciaires.
Crainte et demandes des familles
Pour Inaam et d’autres proches, l’existence même de la loi suffit à transformer l’attente en peur permanente. Elle dit redouter non seulement les conditions matérielles de la détention mais la perspective d’une condamnation à mort. En l’absence d’informations officielles, les familles s’accrochent à de petits signes de vie et tentent de préserver des formes de normalité pour les enfants laissés sans père : Inaam s’emploie à élever et à instruire les petits‑enfants, notamment en leur enseignant le Coran, comme un lien vivant avec le père absent.
Les appels des familles se concentrent sur une volonté de pression internationale et sur la recherche de garanties juridiques et humanitaires pour les détenus. Elles demandent un accès régulier, la fin des détentions sans inculpation prolongée et la protection contre toute peine irréversible. Alors que la journée du 17 avril marque la commémoration annuelle des prisonniers palestiniens, de nombreuses familles vivent cette date dans une profonde incertitude, craignant que des décisions législatives récentes transforment des détentions déjà pénibles en sentences définitives.