UE et ONU estiment 71 milliards de dollars nécessaires pour reconstruire Gaza
Gaza : un rapport conjoint évalue à 71 milliards de dollars le coût de la reconstruction sur dix ans
Un rapport conjoint évalue à 71 milliards USD le coût de la reconstruction de Gaza sur dix ans, avec 26,3 milliards nécessaires dès les 18 premiers mois pour services et infrastructures.
Un rapport conjoint publié récemment dresse un bilan alarmant des besoins de reconstruction de la bande de Gaza après des années de conflit intense. L’étude estime que plus de 71 milliards de dollars seront nécessaires au cours des dix prochaines années pour redresser l’enclave et restaurer ses services essentiels, ses infrastructures et son économie. Les chiffres et les descriptions des dommages montrent une crise multidimensionnelle qui exige des financements massifs et une stratégie de reconstruction étalée dans le temps.
Chiffres clés et échéancier
Le rapport précise que 26,3 milliards de dollars sont requis au cours des 18 premiers mois pour rétablir les services de base, réparer les infrastructures critiques et soutenir la reprise économique immédiate. Les dommages aux infrastructures physiques sont chiffrés à 35,2 milliards de dollars, tandis que les pertes économiques et sociales atteignent 22,7 milliards. Ces estimations forment la base d’un plan de reconstruction calibré sur une décennie, avec des priorités distinctes pour les interventions d’urgence et les investissements à long terme.
Destruction des logements et des infrastructures
Les opérations militaires et les bombardements ont laissé d’immenses traces matérielles : plus de 61 millions de tonnes de décombres ont été générées, ensevelissant quartiers et équipements publics. Près de 371 888 logements ont été détruits ou endommagés, laissant des centaines de milliers de familles sans toit. Plus de la moitié des établissements hospitaliers ne fonctionnent plus et presque toutes les écoles ont subi des destructions ou des dégâts importants, compromettant l’accès aux soins et à l’éducation sur le long terme.
Impact économique et social
L’économie de l’enclave s’est contractée de façon dramatique, avec une chute estimée à 84 % de l’activité économique. Le rapport décrit des pertes massives d’emplois et la désorganisation des chaînes d’approvisionnement locales. En conséquence, environ 1,9 million de personnes ont été déplacées, souvent à plusieurs reprises, et plus de 60 % de la population a perdu son logement. Les spécialistes qui ont contribué à l’évaluation estiment que le conflit a fait reculer le développement humain dans la région de plusieurs dizaines d’années, évoquant un recul d’environ 77 ans sur certains indicateurs.
Violations du cessez-le-feu et bilan humain
L’enclave est soumise à un cessez-le-feu fragile conclu en octobre, mais des incidents et violations ont été documentés depuis son entrée en vigueur. Le bilan humain reste extrêmement lourd : le rapport et les bilans locaux font état de dizaines de milliers de morts au total, et plusieurs centaines de personnes tuées depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu. Des civils et des journalistes ont continué à être frappés : parmi les victimes récentes figure le journaliste Mohammed Wishah, tué lors d’une frappe le 8 avril 2026 à l’ouest de la ville de Gaza. Ces pertes alimentent l’urgence des réponses humanitaires et des mesures de protection.
Priorités sectorielles et retour des services essentiels
Les secteurs les plus affectés identifiés dans l’évaluation sont le logement, la santé, l’éducation, le commerce et l’agriculture. La priorité immédiate est de rétablir l’accès aux soins et à l’éducation, de sécuriser l’approvisionnement en eau et en électricité, et de faciliter la remise en état des marchés et des exploitations agricoles pour relancer la production locale. Les plans présentés insistent sur la nécessité d’un redémarrage coordonné des services essentiels afin d’éviter une aggravation des crises sanitaires et alimentaires.
Modalités de gouvernance pour la reconstruction
Le rapport plaide pour une reconstruction conduite par les Palestiniens et axée sur des approches qui soutiennent la transition de la gouvernance vers l’Autorité palestinienne. Les auteurs estiment qu’une gouvernance locale renforcée est indispensable pour assurer la légitimité, la transparence et l’efficacité des projets de reconstruction. Cette orientation constitue également une réponse aux propositions externes visant à redessiner l’avenir de l’enclave sans une forte implication des acteurs locaux.
La taille des besoins financiers et l’ampleur des destructions posent une question de faisabilité et de responsabilité collective. La mise en œuvre d’un plan d’une décennie demandera non seulement des engagements financiers soutenus mais aussi un cadre institutionnel stable, l’accès sécurisé aux zones de reconstruction et des mécanismes de participation locale. Sans ces éléments, les ressources risquent d’être insuffisantes pour restaurer durablement les conditions de vie et l’économie de l’enclave.