Campagne d’expulsions en Mauritanie pousse les migrants à se cacher à Nouakchott
Nouakchott en proie à une campagne d’arrestations et d’expulsions touchant les migrants
Nouakchott: une vague d’arrestations et d’expulsions vise des migrants. Extorsions et peur provoquent baisse des départs vers les Canaries et impacts locaux.
Dans les quartiers populaires de Nouakchott, une série d’arrestations menées ces derniers mois a plongé des milliers de migrants dans l’incertitude et la peur. Des personnes déplacées de longue date, dont certaines disposaient de permis en cours de validité, racontent des contrôles nocturnes, des demandes de pots-de-vin et des expulsions rapides vers les frontières. Ces pratiques ont modifié les comportements quotidiens, raréfié la présence des travailleurs migrants dans la capitale et contribué, selon plusieurs observateurs, à une nette réduction des départs vers les îles Canaries.
Une campagne d’arrestations change la vie à Nouakchott
Des témoignages recueillis dans la ville décrivent des contrôles ciblés par des policiers circulant à bord de véhicules blancs. Les personnes arrêtées rapportent souvent être conduites sans explication claire vers des centres de rétention ou directement à la frontière, parfois sans pouvoir emporter leurs effets personnels. Plusieurs migrants indiquent que ces opérations se sont intensifiées depuis l’année précédente, modifiant profondément les routines : sorties limitées, recours à des intermédiaires pour acheter de la nourriture, et présence réduite dans les espaces publics où ils travaillaient auparavant.
Extorsions et paiements exigés lors des contrôles
Plusieurs migrants interrogés rapportent avoir été sommés de verser des sommes importantes pour être relâchés. Les montants évoqués atteignent des sommes qui dépassent largement les ressources de personnes employées dans des métiers précaires. Certaines victimes affirment également avoir été frappées pendant leur détention et s’être vues dérober des objets de valeur. Ce climat d’extorsion renforce la vulnérabilité économique des personnes déplacées et accroît leur dépendance envers des réseaux locaux ou des employeurs privés pour assurer leur protection.
Documents en attente et expulsions sans préavis
Des demandeurs d’asile et des titulaires de permis de séjour en attente de renouvellement rapportent que leurs titres n’ont pas empêché des arrestations. Des procédures administratives longues et des retards dans le traitement des dossiers semblent avoir contribué à la situation : des personnes attendent depuis des mois, voire des années, une réponse officielle, ce qui les expose davantage aux contrôles et aux expulsions. Parallèlement, des chiffres faisant état d’expulsions massives ont été avancés publiquement, alimentant l’inquiétude quant à la façon dont les autorités appliquent les règles d’immigration.
Réduction des départs vers les îles Canaries
Les départs en embarcation vers les îles Canaries, qui avaient connu un pic antérieur, ont enregistré une baisse significative depuis l’intensification des contrôles. Cette diminution s’explique par plusieurs facteurs : la pression policière locale, des opérations visant les réseaux de passeurs et le renforcement de mesures dissuasives soutenues par des financements internationaux. Toutefois, des spécialistes avertissent que la suppression des itinéraires depuis un pays n’entraîne pas la fin des départs, mais souvent leur redirection vers des trajets plus longs et plus dangereux depuis d’autres côtes.
Conséquences pour l’économie locale et l’emploi
La présente campagne a des répercussions sur l’économie informelle de Nouakchott. De nombreux propriétaires d’entreprises qui employaient des migrants constatent la disparition de travailleurs qualifiés dans des métiers manuels ou de service. Des commerçants et artisans expliquent que la réduction de la main-d’œuvre augmente les coûts et réduit la capacité à répondre à la demande. Par ailleurs, l’absence visible de jeunes migrants dans les rues s’est traduite par une perte de services à bas coût pour certains ménages et entreprises locales, aggravant les tensions socioéconomiques.
Stratégies des migrants pour survivre et s’adapter
Face à la menace d’arrestation, des migrants développent des stratégies d’adaptation : limiter leurs déplacements, modifier leur tenue pour mieux se fondre dans la population locale, ou compter sur des connaissances pour négocier des libérations. D’autres optent pour des itinéraires maritimes plus dangereux partant de pays plus éloignés, augmentant le risque de naufrage et de pertes humaines. Malgré ces contraintes, certains continuent de chercher des voies légales d’accès à un statut stable, tandis que d’autres mettent temporairement leurs projets d’émigration en attente.
Les récits individuels traduisent à la fois la précarité et la résilience des personnes concernées. Francina, une jeune femme originaire de la République du Congo, décrit la peur de sortir et l’obligation de confier les courses à des tiers pour éviter toute confrontation. Aicha, qui affirme avoir détenu un permis, relate une arrestation sur un marché suivie d’un renvoi à la frontière. Mohamed, demandeur d’asile, explique les stratégies vestimentaires et comportementales qu’il emploie pour éviter d’être remarqué. Malgré les risques, beaucoup gardent des projets à long terme : poursuivre des études ou tenter de rejoindre d’autres pays, tant que des voies de mobilité subsistent.