Accord Bosnie-Croatie sur un gazoduc menace la candidature de la Bosnie à l’UE
Bosnie : un accord de gazoduc avec la Croatie soutenu par des investisseurs liés à Trump soulève l’alerte de l’UE
La Bosnie a signé le 28 avril 2026 un accord de gazoduc avec la Croatie soutenu par des investisseurs proches de Donald Trump; l’UE avertit d’un risque pour la candidature bosnienne.
La Bosnie-Herzégovine a officialisé le 28 avril 2026, à Dubrovnik, la signature d’un accord bilatéral visant à relier son réseau au terminal de gaz naturel liquéfié (GNL) de l’île de Krk en Croatie. Le gouvernement bosniaque présente le projet comme une étape déterminante pour réduire la dépendance énergétique du pays vis‑à‑vis de la Russie et sécuriser ses approvisionnements avant l’entrée en vigueur prévue des restrictions européennes sur les achats d’énergie russes en 2027. Toutefois, Bruxelles a formellement averti que le manque de transparence entourant le projet pourrait compromettre la candidature de la Bosnie à l’Union européenne et mettre en péril des aides internationales.
Accord signé à Dubrovnik
L’accord d’interconnexion, conclu lors d’un sommet régional, a été paraphé par la Première ministre bosniaque Borjana Kristo et le chef du gouvernement croate Andrej Plenković. Présenté par Sarajevo comme une « avancée majeure » pour la sécurité énergétique, le texte prévoit la construction d’un gazoduc qui connectera directement la Bosnie au terminal de Krk, permettant l’acheminement de GNL importé vers les marchés de la région.
Investisseurs proches de l’entourage de Donald Trump
Le développement du projet sera porté par la société AAFS Infrastructure and Energy, désignée récemment par les autorités bosniaques comme investisseur et développeur. AAFS est dirigée par Jesse Binnall et Joseph Flynn, deux personnalités qui ont des liens établis avec l’ancien président américain Donald Trump. Ces connexions ont alimenté les débats publics autour de l’opportunité et de la nature des partenaires retenus pour un projet d’infrastructure stratégique.
Avertissement formel de l’Union européenne
L’Union européenne a exprimé des réserves officielles après la désignation de l’investisseur et l’adoption de la législation nationale liée au secteur énergétique. Les représentants de l’UE ont demandé que tout amendement législatif soit soumis au bloc pour examen, estimant que les obligations d’alignement avec les États membres doivent être respectées si la Bosnie aspire à l’adhésion. Bruxelles a par ailleurs signalé que des manquements à la transparence pourraient entraîner la suspension ou la remise en cause d’aides dépassant le milliard de dollars.
Conséquences énergétiques et financières
Le coût global du projet est estimé autour de 1,5 milliard de dollars et inclut non seulement la construction du gazoduc mais aussi des centrales électriques au gaz destinées à remplacer progressivement des capacités à charbon. Les autorités bosniaques soulignent les bénéfices attendus en termes de diversification des sources d’énergie et de réduction des émissions liées au charbon, tandis que les défenseurs du projet invoquent la sécurité d’approvisionnement à court terme avant l’application des restrictions européennes vis‑à‑vis du gaz russe, prévue en 2027.
Critiques sur la gouvernance et la concurrence
Plusieurs voix critiques ont fait état de risques pour la concurrence et la bonne gouvernance. Des organisations spécialisées et des acteurs politiques ont averti qu’une procédure de sélection perçue comme fermée pourrait créer un précédent dangereux, empêcher d’autres soumissionnaires d’accéder au marché et affaiblir l’intérêt public. Ces critiques insistent sur la nécessité d’appels d’offres transparents et d’évaluations indépendantes des impacts financiers et environnementaux.
Calendrier, obstacles juridiques et incertitudes
Le calendrier opérationnel reste incertain : avant toute mobilisation des fonds et des travaux, la Bosnie devra résoudre les questions juridiques et administratives soulevées par l’UE et répondre aux demandes de transparence. Le risque politique est double : retarder le projet mettrait en péril la capacité du pays à se préparer aux changements du marché énergétique, tandis qu’une mise en œuvre perçue comme opaque pourrait compromettre l’adhésion à l’Union et l’accès à des financements internationaux.
La signature du 28 avril 2026 place la Bosnie à un carrefour entre impératifs de sécurité énergétique et exigences d’intégration européenne; dans les semaines à venir, l’équilibre entre rapidité d’exécution, contrôle démocratique et respect des procédures communautaires déterminera si ce projet sera perçu comme une avancée stratégique ou comme un obstacle à l’adhésion.