Liberté de la presse au plus bas depuis 25 ans selon RSF
La liberté de la presse tombe à son plus bas niveau depuis 25 ans, alerte Reporters Sans Frontières
RSF alerte: la liberté de la presse recule au plus bas depuis 25 ans — plus de la moitié des pays classés « difficile » ou « très grave », criminalisation.
La liberté de la presse dans le monde a atteint son niveau le plus faible depuis un quart de siècle, d’après le dernier classement publié par l’ONG de défense des journalistes basée à Paris. L’index, établi pour 180 pays et produit chaque année depuis 2002, montre une détérioration généralisée : pour la première fois, plus de la moitié des États figurent dans les catégories jugées « difficile » ou « très grave », signe d’une criminalisation croissante du métier de journaliste.
Baisse historique du niveau de liberté mesurée par l’indice
L’indice mondial compare les conditions d’exercice du journalisme à l’aide d’une échelle graduée. Cette année, la part des pays notés « difficile » ou « très grave » dépasse 50 %, une première depuis la création du classement. Le rapport met en avant plusieurs facteurs explicatifs : guerres prolongées, restrictions d’accès à l’information, et utilisation accrue de lois d’exception pour réprimer les voix critiques.
Pays mieux classés et pays en recul marquant
Seuls sept pays obtiennent une qualification « bonne », majoritairement situés en Scandinavie. La Norvège, les Pays-Bas et l’Estonie apparaissent en tête du classement. À l’inverse, plusieurs États affichent des reculs significatifs : la France se situe au 25e rang avec une appréciation jugée « satisfaisante », tandis que les États-Unis figurent au 64e rang, classés « problématiques », une position dégradée ces dernières années. En Amérique latine, des chutes abruptes sont signalées, notamment l’Argentine et le Salvador, ce dernier ayant perdu de nombreuses places depuis 2014.
Criminalisation du journalisme et recours aux outils judiciaires
Le rapport pointe une tendance lourde : la criminalisation du travail des médias grâce à des détournements du droit de la presse et à un usage abusif des lois pénales et d’exception. Aujourd’hui, plus de 60 % des pays évalués (110 sur 180) ont adopté des pratiques ou des textes qui pénalisent de facto l’activité journalistique. Le texte cite des exemples variés — de la suspension d’organes publics d’information à la détention de reporters lors de manifestations — illustrant la diversité des méthodes employées pour intimider les journalistes.
Régions et États identifiés comme particulièrement dangereuses
Selon l’analyse, l’Europe de l’Est et le Moyen-Orient restent les zones les plus dangereuses pour les journalistes. La Russie et l’Iran figurent parmi les pays les moins favorables à la liberté de la presse, se retrouvant dans le bas du classement. Les conflits armés, la restriction systématique de l’accès à l’information et les attaques ciblées contre des professionnels des médias sont cités comme causes majeures des pertes observées dans ces régions.
Impact des conflits armés sur la sécurité des journalistes
Le rapport relève que les affrontements et opérations militaires ont causé une part importante des pertes humaines chez les journalistes. Des attaques contre des équipes de presse et des restrictions sur le terrain d’intervention réduisent non seulement l’accès à l’information mais exposent directement les reporters à des risques mortels. Le document recense plusieurs dizaines de cas de journalistes tués dans des zones de conflit, dont un nombre significatif alors qu’ils étaient en mission d’information.
Appels à des mesures de protection et à la responsabilité des États démocratiques
La directrice de la rédaction de l’ONG insiste sur la responsabilité des gouvernements démocratiques et des citoyens pour enrayer la dynamique de criminalisation. Le rapport appelle à des garanties juridiques renforcées, à des sanctions effectives contre les atteintes à la liberté d’informer et à une meilleure régulation des plateformes numériques qui facilitent la désinformation et les pressions économiques sur la presse. Les mécanismes internationaux de protection sont jugés insuffisants face à l’ampleur des violations et à l’impunité persistante.
La dégradation signalée par cet indice met en lumière une transformation structurelle des obstacles au journalisme : parallèlement aux attaques physiques, émergent des outils juridiques, économiques et numériques qui restreignent l’exercice du métier. Le constat pose un défi pour les démocraties et les institutions internationales : arrêter et inverser cette tendance exigera des actions coordonnées, des protections légales solides et une mobilisation civile soutenue.