Rached Ghannouchi hospitalisé : Ennahdha exige sa libération immédiate
Rached Ghannouchi transféré d’urgence à l’hôpital, Ennahdha exige sa libération immédiate
Rached Ghannouchi, 84 ans, transféré d’urgence à l’hôpital depuis sa prison; Ennahdha réclame sa libération immédiate alors que la répression s’intensifie.
Rached Ghannouchi, figure majeure de l’opposition tunisienne et ancien président du Parlement, a été transféré d’urgence à l’hôpital par les autorités pénitentiaires après une détérioration significative de son état de santé, a indiqué son parti Ennahdha dans un communiqué publié le jeudi 30 avril 2026. Emprisonné depuis avril 2023, Ghannouchi, 84 ans, souffre de plusieurs pathologies chroniques qui, selon ses proches, nécessitent une surveillance médicale régulière et la présence de sa famille.
Transfert à l’hôpital et surveillance médicale
Le transfert a été effectué pour permettre une observation médicale continue “au cours des prochains jours”, selon le parti. Ennahdha n’a pas détaillé publiquement les diagnostics précis, mais a indiqué que l’état de santé de son leader s’était aggravé au point d’exiger des soins hospitaliers immédiats. Le parti a insisté sur le besoin d’accès familial et de traitements conformes à son âge et à ses comorbidités.
Antécédents judiciaires et condamnations
Ghannouchi est détenu depuis son arrestation initiale en avril 2023. Il a d’abord été condamné à un an de prison pour incitation à la haine. En février 2024, un tribunal spécialisé l’a condamné à trois ans de prison pour des accusations liées à des contributions étrangères au parti. En février 2025, il a reçu une peine plus lourde, atteignant 22 ans de prison, à la suite d’autres poursuites incluant des chefs d’accusation en lien avec la sécurité de l’État. Ennahdha conteste vigoureusement ces condamnations et les qualifie d’infondées et politiquement motivées.
Demande formelle de libération immédiate
Dans son communiqué du 30 avril 2026, le parti a renouvelé sa demande de libération immédiate de Ghannouchi, le qualifiant de détenu arbitraire. Ennahdha a souligné le droit constitutionnel aux soins médicaux et a rappelé les engagements internationaux ratifiés par la Tunisie concernant la protection de la santé des personnes privées de liberté. Le parti a également insisté sur l’importance de permettre à la famille d’accéder au détenu pour des raisons humanitaires.
Contexte politique et mesures présidentielles
L’hospitalisation de Ghannouchi s’inscrit dans un contexte politique tendu sous la présidence de Kais Saied, qui a suspendu le Parlement en 2021 puis dissous ses institutions législatives pour gouverner par décret. Les réformes constitutionnelles menées par le président ont concentré davantage de pouvoirs au sommet de l’État et suscité des accusations d’autoritarisme de la part de l’opposition. Depuis 2021, de nombreuses personnalités politiques, journalistes et militants ont été visés par des poursuites et des détentions, selon des sources proches des milieux politiques.
Impact sur l’opposition et incidents récents
Les autorités ont multiplié les actions judiciaires contre des figures de l’opposition. Parmi les cas récents, un cofondateur d’un mouvement d’opposition a été hospitalisé en novembre 2025 après une grève de la faim, et une autre personnalité a été arrêtée en décembre 2025 pour l’exécution d’une sentence collective. Ces événements illustrent une dynamique de répression qui affecte non seulement les dirigeants mais aussi les structures militantes et les voix critiques au sein du pays.
Réactions des défenseurs des droits humains et implications
Des organisations et observateurs des droits humains ont dénoncé à plusieurs reprises l’utilisation de détentions et de poursuites judiciaires comme instruments politiques. Ces critiques évoquent une érosion des libertés civiles et un recul des acquis démocratiques. Les autorités, pour leur part, défendent leurs actions en invoquant la nécessité de lutter contre la corruption, de préserver la sécurité et de rétablir l’ordre face à des menaces selon elles. Ce clivage renforce les tensions entre le pouvoir et l’opposition et complexifie les perspectives de dialogue national.
L’hospitalisation de Rached Ghannouchi pose des questions immédiates sur la prise en charge médicale des détenus âgés, la transparence des procédures pénitentiaires et le respect des droits fondamentaux garantis par la constitution. Ennahdha a rappelé qu’« le lieu naturel » de Ghannouchi est la liberté, auprès de sa famille, et a demandé que des mesures humanitaires soient prises sans délai. Les prochains jours seront déterminants pour son état de santé et pour la capacité des autorités à répondre aux appels humanitaires et politiques.