Soudan accuse l’Éthiopie et les Émirats arabes unis d’attaques de drones à Khartoum
Soudan accuse l’Éthiopie et les Émirats d’attaques de drones contre Khartoum
Le Soudan accuse l’Éthiopie et les Émirats d’avoir lancé plusieurs attaques de drones sur Khartoum; le gouvernement rappelle son ambassadeur et avertit d’une possible riposte, risque d’escalade.
Le gouvernement soudanais a annoncé avoir identifié l’origine de plusieurs attaques de drones visant des sites civils et militaires, dont des frappes récentes à Khartoum. L’état-major a dit disposer de « preuves » liant les appareils lancés depuis la région de l’aéroport de Bahir Dar, en Éthiopie, à des drones fournis par les Émirats arabes unis, et a rappelé son ambassadeur à Addis-Abeba. Le même jour, les autorités ont prévenu qu’une réponse militaire restait possible en cas d’agression répétée, marquant une nette montée de la tension entre Khartoum et ses voisins.
Accusations formelles du gouvernement soudanais
Le porte-parole militaire, le général de brigade Asim Awad Abdelwahab, a déclaré lors d’une conférence que le gouvernement avait rassemblé des éléments indiquant qu’au moins quatre attaques de drones depuis le 1er mars avaient été lancées à partir de la zone de Bahir Dar, au nord-est de l’Éthiopie. Le Soudan a aussi affirmé que des drones avaient frappé l’aéroport international de Khartoum et d’autres sites urbains, provoquant des pertes civiles et semant l’inquiétude dans la capitale.
Preuves et incidents cités par l’armée
L’armée soudanaise a mentionné la récupération de données sur un drone abattu près d’El-Obeid, dans l’État du Kordofan du Nord, qu’elle présente comme élément de preuve de l’origine des appareils. Selon les autorités, des frappes ont touché des positions dans plusieurs États, et une attaque récente à Omdurman a causé la mort de civils à bord d’un bus. L’armée insiste sur la répétition de ces opérations depuis le 1er mars et sur la nature ciblée de certains tirs.
Réplique et mise en garde des autorités soudanaises
Le ministre des Affaires étrangères, Mohieddin Salem, a déclaré que Khartoum n’entendait pas initier d’attaques contre d’autres pays mais a averti que « quiconque nous attaquera recevra une réponse ». Le gouvernement a précisé qu’il était prêt à « entrer dans une confrontation ouverte » si la situation l’exigeait, et a procédé au rappel de son ambassadeur auprès de l’Éthiopie comme mesure diplomatique immédiate.
Réponse d’Addis-Abeba et échanges d’accusations
L’Éthiopie a rejeté les accusations comme « sans fondement » et a accusé, à son tour, des éléments de l’armée soudanaise de soutenir des groupes opposés à Addis-Abeba. Le ministère éthiopien des Affaires étrangères a affirmé que le territoire soudanais servait de base à des forces hostiles et a imputé au Soudan des livraisons d’armes et un appui financier à ces groupes, intensifiant ainsi un échange d’accusations déjà ancien entre les deux États.
Allégations concernant les Émirats arabes unis
Le gouvernement soudanais affirme que les drones utilisés proviennent des Émirats arabes unis, accusation que les autorités des Émirats nient fermement. Le Soudan et des organisations de défense des droits ont auparavant accusé certains pays du Golfe de fournir un appui matériel à des acteurs paramilitaires soudanais, allégation réfutée par ces États. Les observateurs politiques soulignent que une implication étrangère pourrait répondre à des logiques d’influence économique et géostratégique, notamment autour des ressources et des routes maritimes de la mer Rouge.
Risques d’escalade régionale et implications géopolitiques
Les tensions interviennent alors que la région est déjà marquée par des conflits internes et des litiges transfrontaliers, notamment autour de zones agricoles contestées à la frontière et du Grand barrage de la Renaissance sur le Nil Bleu. Des analystes avertissent que la politisation des soutiens extérieurs aux acteurs locaux risque de régionaliser davantage le conflit soudanais et d’augmenter le coût d’une sortie de crise. Les récentes attaques contre des zones civiles et infrastructures essentielles, combinées à des réactions diplomatiques fortes, accroissent le risque d’une spirale d’escalade si les canaux de désescalade ne sont pas activés rapidement.
Depuis le déclenchement de la guerre civile le 15 avril 2023, opposant les Forces de soutien rapide (RSF) et les Forces armées soudanaises, les opérations de drones se sont multipliées et ont touché diverses régions du pays. L’aéroport international de Khartoum, qui avait rouvert aux vols internationaux la semaine précédant les nouvelles frappes, voit ce regain de violence compromettre la reprise fragile des liaisons et des activités civiles. La communauté régionale fait face à la nécessité urgente de réduire les tensions pour empêcher une extension du conflit au-delà des frontières nationales.