RSF : Atiana Serge Oulon détenu et maltraité par l’armée au Burkina Faso
Burkina Faso : RSF accuse l’armée d’avoir détenu secrètement le journaliste Atiana Serge Oulon
RSF affirme qu’Atiana Serge Oulon a été détenu secrètement à Ouagadougou et soumis à des violences; l’ONG réclame sa libération et dénonce le récit officiel.
Un groupe de défense des droits des médias affirme qu’Atiana Serge Oulon, journaliste d’investigation porté disparu depuis juin 2024, a été enlevé à son domicile et détenu secrètement dans une villa de Ouagadougou transformée en centre de détention informel. Cette révélation met en cause la version officielle, qui présentait son absence comme une conscription dans l’armée, et relance les inquiétudes sur la liberté de la presse et les pratiques des autorités militaires.
Enlèvement signalé le 24 juin 2024
Selon les éléments rendus publics, Oulon aurait été enlevé le 24 juin 2024 par une dizaine d’hommes armés en tenue civile. Le journaliste, directeur de la publication d’un titre national, n’a plus été vu publiquement depuis cette date. Les autorités ont par la suite communiqué que l’intéressé avait été enrôlé dans les forces armées, une explication qui est désormais contestée par l’enquête mentionnée par l’organisation de défense des médias.
Enquête et découverte d’une détention dans une villa
L’enquête évoquée affirme que la villa de Ouagadougou servait de prison de fortune abritant des dizaines de personnes détenues. Les constatations indiquent qu’Atiana Serge Oulon y aurait été retenu captif et soumis à des violences au moins jusqu’à la fin de 2025. La qualification de détention secrète remet en cause la transparence des autorités sur le sort des personnes arrêtées ou disparues pendant cette période.
Description des mauvais traitements allégués
Les témoignages recueillis décrivent des conditions de détention dégradantes : passages à tabac par des gardes utilisant des branches d’arbres, privation de nourriture, menaces d’exécution et promiscuité extrême. Un ancien détenu cité a raconté avoir dormi à même le sol, porté les mêmes vêtements pendant des mois et bu de l’eau provenant des sanitaires, décrivant des conditions sanitaires et humaines inacceptables. Ces récits soulignent des violations potentielles des droits fondamentaux et appellent à une enquête indépendante.
Silence officiel et réponses institutionnelles limitées
L’organisation ayant rendu compte de l’enquête indique que le ministre de la Communication n’a pas répondu aux demandes de contact. Aucun commentaire officiel immédiat n’a été publié en réaction au rapport. Le pouvoir en place, dirigé par un capitaine arrivé au pouvoir après un coup d’État en 2022, a par ailleurs affirmé en des termes généraux que chacun est libre d’exprimer son opinion, mais la coexistence de cette déclaration et des mesures restrictives adoptées récemment alimente les contradictions perçues par la société civile.
Mesures de répression et climat politique
Le signalement de la détention intervient dans un contexte de durcissement politique : dissolution des partis politiques, interdiction des activités de plus d’une centaine d’associations et restrictions accrues pour les organisations de la société civile. Les autorités ont également accusé certaines ONG bénéficiant de financements internationaux d'”espionnage et de trahison”, accentuant la méfiance et les tensions entre le gouvernement et les acteurs de la société civile. Parallèlement, le pays fait face à une crise sécuritaire persistante liée à des groupes armés affiliés à des mouvements djihadistes, justifiant selon les autorités certaines mesures extraordinaires.
Appels à la libération et enjeux pour la liberté de la presse
L’appel à la libération immédiate d’Atiana Serge Oulon est assorti d’une mise en garde sur le ciblage des voix critiques depuis 2022, notamment après des enquêtes journalistiques mettant en cause des responsables militaires. Les défenseurs des droits et de la liberté d’expression estiment que l’utilisation présumée de l’enrôlement forcé comme justification officielle pourrait servir à dissimuler des détentions arbitraires et décourager le travail d’enquête des médias indépendants.
Les allégations de détention secrète et de mauvais traitements exacerbent l’inquiétude nationale et internationale concernant l’état des libertés publiques au Burkina Faso. Une clarification urgente du sort d’Atiana Serge Oulon, suivie d’une investigation indépendante et transparente, apparaît comme une condition nécessaire pour restaurer la confiance et garantir le respect des droits fondamentaux dans le pays.