Soudan: Hemedti et al‑Burhan prêts à une guerre prolongée, le PNUD sonne l’alarme
Commandants soudanais prêts à prolonger le conflit pendant des décennies, avertissement sur l’effondrement national
Guerre au Soudan: chefs militaires déclarent vouloir poursuivre le combat des années, tandis qu’un rapport récent chiffre à plus de 150 000 les morts et alerte sur une crise humanitaire et institutionnelle majeure.
La guerre au Soudan s’enlise et prend un tour déclaréement durable après des déclarations publiques de hauts responsables militaires affirmant leur disposition à combattre pendant des décennies. Alors que l’un des chefs rebelles a indiqué que ses forces pouvaient continuer « jusqu’en 2040 si nécessaire », le chef de l’armée a, de son côté, placé l’horizon possible du conflit dans la décennie à venir. Entre promesses de poursuite des hostilités et projections économiques et sociales catastrophiques, le pays fait face à un risque d’effondrement généralisé.
Déclarations des principaux responsables militaires
Les chefs des principales formations armées ont franchi une nouvelle étape en affichant ouvertement qu’ils considéraient la lutte comme une guerre longue. L’un des commandants des forces rebelles a déclaré que ses soldats étaient prêts à poursuivre les combats sur plusieurs décennies, tandis que le chef de l’armée a affirmé vouloir continuer « jusqu’à l’élimination » des forces rivales, évoquant un conflit qui pourrait s’étendre jusqu’au début des années 2030. Ces positions publiques normalisent l’idée d’un conflit prolongé et réduisent les marges de manœuvre pour des négociations immédiates.
Bilan humain et déplacements massifs
La détérioration des conditions de sécurité s’accompagne d’un bilan humain lourd. Un rapport conjoint récent estime que plus de 150 000 personnes ont été tuées depuis le déclenchement des hostilités en 2023. Les mouvements de population sont considérables: près de 15 millions de déplacés internes et réfugiés, et des dizaines de millions de personnes confrontées à des pénuries alimentaires ou à l’absence d’eau potable et d’assainissement. L’ampleur des destructions et des déplacements transforme des régions entières en zones de crise humanitaire prolongée.
Risque d’effondrement des institutions et de l’économie
L’analyse de scénarios à long terme montre un impact économique dévastateur si le conflit se prolonge. Dans une trajectoire de guerre prolongée, le produit intérieur brut du pays en 2043 pourrait être réduit d’environ 34,5 milliards de dollars par rapport à une situation sans conflit, le revenu par habitant pourrait diminuer d’environ 1 700 dollars et une large part de la population basculerait dans l’extrême pauvreté. La destruction des infrastructures, la paralysie des marchés et la chute de la production agricole et industrielle fragilisent durablement la capacité du pays à se redresser.
Effondrement des services de santé et augmentation de la mortalité
Les services essentiels sont frappés de plein fouet. Dans les zones de conflit, une large majorité des établissements de santé ne fonctionnent plus en raison d’attaques, de pillages et du départ du personnel médical. Des dizaines d’attaques contre des infrastructures de santé ont été documentées, laissant une grande part de la population sans accès adéquat aux soins. La mortalité liée aux blessures de guerre s’ajoute à une aggravation des maladies non transmissibles; la mortalité infantile et les risques d’épidémies évitables augmentent en l’absence de vaccinations et de services de prévention.
Perturbation du système éducatif et risque d’une génération perdue
L’éducation est l’un des secteurs les plus affectés. Des millions d’enfants en âge scolaire ont vu leur scolarité interrompue et une majorité d’établissements restent fermés dans les zones touchées. Le manque d’accès à l’éducation, conjugué aux déplacements massifs, risque de créer une « génération perdue » dans laquelle des cohortes entières d’élèves perdent des années d’enseignement, compromettant les perspectives de reconstruction sociale et économique à long terme.
Scénarios de reprise et conditions nécessaires à la reconstruction
Les projections laissent une fenêtre d’espoir conditionnelle: dans un scénario de paix rapide accompagné de réformes de gouvernance et d’investissements massifs, le pays pourrait retrouver une trajectoire de croissance significative et réduire de façon importante les niveaux d’extrême pauvreté d’ici 2043. Cela nécessiterait cependant la fin immédiate des hostilités, la protection des services de base, et des engagements soutenus pour la reconstruction des infrastructures, du système de santé et de l’éducation. Sans ces éléments, les dommages risquent de devenir irréversibles et de compromettre toute possibilité de redressement durable.
Alors que des voix humanitaires et des spécialistes avertissent que « plus la guerre dure, plus la misère augmente », les déclarations publiques de poursuite des combats par les dirigeants militaires accroissent l’urgence d’une solution politique. Le Soudan se trouve à un carrefour où la poursuite du conflit pourrait condamner le pays à des décennies de régression, ou, si la paix est restaurée et soutenue par des réformes fortes, ouvrir la voie à une reconstruction lente mais possible.