Cheikh Hamad: guerre US‑Israël contre l’Iran et appel à une OTAN du Golfe
La guerre actuelle entre les États-Unis, Israël et l’Iran : un sommet de tensions et un appel à une défense unifiée dans le Golfe
Cheikh Hamad bin Jassim met en garde: guerre États‑Unis/Israël contre l’Iran, militarisation du détroit d’Ormuz et proposition d’une « OTAN du Golfe » et prône l’unité.
L’ancien ministre qatari Cheikh Hamad bin Jassim a livré une analyse sévère de la dynamique qui a conduit au conflit actuel entre Israël, les États‑Unis et l’Iran, qualifiant cette guerre non pas d’escalade soudaine mais du point d’orgue d’un projet stratégique prolongé visant à redessiner la région. Il a mis en garde contre la militarisation du détroit d’Ormuz, dénoncé l’exploitation politique de la crise par le leadership israélien et appelé à la constitution d’un dispositif de défense régional pour prévenir de nouvelles ruptures sécuritaires.
Accusation d’un programme de longue haleine
Cheikh Hamad soutient que la confrontation n’est pas le fruit du hasard mais le résultat d’un programme israélien de longue durée cherchant à remodeler le Moyen‑Orient. Selon lui, une faction politique dure à l’intérieur d’Israël a poussé vers une confrontation ouverte avec l’Iran, dans le but d’imposer des réalités géopolitiques favorables à la vision d’un « Grand Israël ». Il affirme que cette stratégie a été graduellement vendue comme viable à des partenaires internationaux, avec des promesses de succès rapides.
Netanyahu et la promesse d’une guerre éclair
L’ancien responsable qatarien reproche au Premier ministre israélien d’avoir convaincu Washington que l’intervention serait brève et décisive, une promesse qui, selon lui, rappelait des précédents interventionnistes aux résultats incertains. Cheikh Hamad critique l’orientation des États‑Unis vers l’emploi de la force, estimant que la véritable influence américaine réside plutôt dans sa capacité à privilégier la diplomatie. Il ajoute que des efforts de médiation supplémentaires, notamment des pourparlers diplomatiques tenus au début de l’année à Genève, auraient pu prévenir l’escalade si leurs conclusions avaient été poursuivies.
Le détroit d’Ormuz : nouvel enjeu stratégique
L’analyse met en exergue la transformation du détroit d’Ormuz en un atout stratégique iranien. Après avoir absorbé les premières frappes, l’Iran aurait exploité sa position géographique pour menacer ou perturber une voie maritime essentielle au commerce énergétique mondial. Cheikh Hamad décrit cette militarisation comme l’un des résultats les plus dangereux de la guerre, capable de provoquer des répercussions économiques globales plus immédiates que le seul dossier nucléaire.
Fardeau des États du Golfe et réactions régionales
Les pays du Golfe, affirme Cheikh Hamad, ont subi la majeure partie des conséquences économiques et sécuritaires des attaques contre leurs infrastructures. Il dénonce les perturbations et la montée de l’opinion publique hostile aux conséquences des hostilités dans la région. Face à cette réalité, il plaide pour des positions collectives et coordonnées du Golfe dans les échanges avec Téhéran, rejetant les approches fragmentées et les communications unilatérales qui fragilisent la capacité de négociation régionale.
Proposition d’une « OTAN du Golfe »
Pour remédier à la désunion, Cheikh Hamad propose la création d’une alliance de défense régionale — une « OTAN du Golfe » — bâtie autour d’un noyau initial d’États stratégiquement alignés, avec l’Arabie Saoudite comme assise naturelle. Il envisage une institutionnalisation progressive, inspirée selon lui des étapes historiques de la construction européenne, et recommande que les pays du Golfe nouent aussi des partenariats stratégiques durables avec des puissances régionales telles que la Turquie, le Pakistan ou l’Égypte, en tenant compte du recalibrage stratégique américain vers l’Asie.
Gaza, bilan humain et conditionnalités pour la normalisation
Sur la question palestinienne, Cheikh Hamad condamne la mort de civils et dénonce ce qu’il qualifie d’un désastre politique et moral à Gaza, où il cite un bilan humain extrêmement lourd depuis 2023. Il met en garde contre des projets susceptibles de dépeupler l’enclave et souligne que toute discussion sur un désarmement des factions palestiniennes nécessite un horizon politique clair conduisant à la création d’un État palestinien. Il salue par ailleurs la position de certains États arabes imposant des conditions strictes à toute normalisation des relations avec Israël.
Révélations diplomatiques et héritage des années 1990
L’entretien inclut également un volet historique : à la fin des années 1990, Cheikh Hamad rapporte avoir transmis un message conçu par une grande puissance demandant à Téhéran de confier des éléments sensibles de son programme nucléaire à un partenaire extérieur ou de se conformer à des cadres internationaux. Cette révélation souligne, selon lui, les continuités et les retournements des stratégies diplomatiques régionales sur plusieurs décennies.
Les propos de Cheikh Hamad soulignent l’interdépendance des défis stratégiques, économiques et humanitaires qui traversent le Moyen‑Orient. En appelant à une architecture de sécurité régionale renforcée et à une diplomatie collective, il met en lumière la volonté d’acteurs régionaux de réduire la dépendance aux seuls instruments militaires extérieurs et d’imposer des solutions politiques durables pour éviter que la carte géopolitique de la région ne soit redessinée au détriment des populations.