En Cisjordanie la communauté bédouine d’Ein Samiya victime d’une troisième Nakba
Bédouins déplacés à Rammun : une famille palestinienne visée une nouvelle fois avant la Journée de la Nakba
En Cisjordanie, la communauté bédouine d’Abu Najjeh subit son 7e déplacement depuis 1948: meurtres, vols de troupeaux et avant-postes aggravent la crise.
La tente d’Abu Najjeh à la périphérie de Rammun témoigne d’une crise continue : expulsée pour la septième fois depuis 1948, sa famille fait face à des violences de colons, au pillage de ses troupeaux et à la multiplication d’avant-postes illégaux à quelques centaines de mètres de leurs nouveaux abris. Deux jours avant la commémoration de la Nakba le 15 mai, un adolescent du même clan a été tué, plusieurs centaines de moutons volés et des engins agricoles emportés, intensifiant l’urgence humanitaire et la peur quotidienne des déplacés.
Déplacement répété de la famille Kaabneh
La trajectoire de la famille Kaabneh illustre huit décennies de déplacements forcés. Avant 1948, ce clan bédouin vivait et pâturait dans le Naqab. Chassés lors de la Nakba, puis de nouveau après 1967, les Kaabneh ont cherché des terres dans la région de Ramallah et Masafer Yatta. Vers 1980, la communauté s’était implantée à Ein Samiya, où elle a vécu pendant plus de quarante ans avant d’être visée par démolitions, harcèlements et restrictions d’accès. Le déplacement violent de mai 2023 a marqué une rupture majeure : la communauté a dû quitter un site où le bétail et les enfants avaient trouvé un relatif répit.
Meurtre d’un adolescent et pillage de troupeaux
Les violences récentes ont pris un tour mortel et collectif. Au matin d’une attaque, des groupes armés ont saccagé plusieurs villages, volé des centaines de moutons et deux tracteurs et ouvert le feu sur des habitants, provoquant la mort d’un adolescent de 16 ans issu du clan Kaabneh. De nombreuses familles déplacées espéraient être protégées en s’installant dans des zones sous administration palestinienne, mais les assauts ont touché des localités situées en zone dite A, où la présence civile israélienne est théoriquement interdite. Ces événements ont ravivé la sensation d’insécurité et le sentiment, chez les déplacés, d’une menace persistante qui suit leurs déplacements.
Perte des moyens de subsistance et effondrement du cheptel
L’impact économique sur la communauté est profond. Entre vols, empoisonnements et restrictions d’accès aux pâturages, le cheptel familial est passé d’environ 2 500 têtes à moins de 500. La diminution du bétail a transformé un mode de subsistance viable en fardeau financier : les dernières bêtes coûtent en ressources et ne garantissent plus la sécurité alimentaire ni les revenus nécessaires. L’accès à l’eau et aux infrastructures de base reste limité dans les sites de réinstallation provisoires, où l’eau est parfois fournie par camion et les terrains peu adaptés à l’élevage.
Nouveaux avant-postes et poursuite des expulsions
Les familles déplacées constatent un schéma récurrent : dès qu’elles s’installent ailleurs, de nouveaux avant-postes apparaissent à proximité. Des avant-postes construits ces dernières années entourent désormais les zones où dorment les enfants d’Abu Najjeh, parfois à moins d’un kilomètre. Les habitants rapportent des harcèlements nocturnes, des barrages d’accès et la présence d’hommes armés qui empêchent le retour aux sources d’eau et aux parcelles de pâturage. Ces installations représentent pour les déplacés une pression quotidienne qui fragilise toute possibilité de résilience locale.
Bilan humanitaire et perspectives locales
Depuis janvier 2023 et jusqu’au 4 mai 2026, plus de 5 900 personnes issues de 117 communautés de Cisjordanie ont été déplacées en totalité ou en partie, et 45 communautés ont été totalement effacées. Environ 2 000 personnes ont perdu leur domicile rien qu’en 2026. Parallèlement, les raids militaires et les attaques des colons ont fait au moins 1 090 morts parmi les Palestiniens depuis octobre 2023. Face à ces chiffres, les familles déplacées font état d’une pression systémique : l’objectif, selon elles, est de rendre la vie impossible pour pousser les populations à partir.
Abu Najjeh incarne la difficulté d’une réponse collective dans un cadre où les ressources humaines et matérielles sont limitées. Isolé sur une bande de terre sans électricité, dépendant de livraisons d’eau coûteuses et entouré d’avant-postes, il affirme subir une insécurité permanente et voit ses proches dispersés. Alors que les alertes sur son téléphone annoncent de nouvelles violences, il se lève finalement pour rejoindre ses fils pris au milieu des affrontements. « Mon peuple a besoin de moi – je dois y aller. »