Bengale occidental le BJP vide les marchés avant l’Aïd al-Adha
Marché aux bestiaux de Calcutta déserté avant l’Aïd al‑Adha après l’application stricte d’une loi sur l’abattage
À Calcutta, le marché de Dhulagarh est désert à une semaine de l’Aïd al‑Adha : l’application stricte d’une loi de 1950 sur l’abattage a provoqué peur, fermeture de commerces et pertes économiques importantes.
La vaste foire aux bestiaux de Dhulagarh, à la périphérie de Calcutta, est presque vide moins d’une semaine avant l’Aïd al‑Adha. Plus de 200 animaux restent attachés aux poteaux tandis que les acheteurs se font rares. Des vendeurs venus d’autres districts disent avoir contracté des prêts à taux élevé pour constituer leur marchandise et craignent aujourd’hui de ne pas pouvoir rembourser leurs dettes. L’atmosphère de marché festif a été remplacée par l’inquiétude, au lendemain de la prise de pouvoir d’un nouveau gouvernement d’État qui ordonne l’application stricte d’une loi ancienne encadrant l’abattage.
Dhulagarh: marché déserté à une semaine de l’Aïd
Sur le site de Dhulagarh, des commerçants – majoritairement hindous – gardent des troupeaux qui attendent d’être vendus pour le sacrifice rituel. Habituellement animé à l’approche de la fête, le marché est cette année largement dépourvu de clients. Plusieurs vendeurs expliquent qu’ils avaient investi des sommes importantes pour acheter des animaux, en empruntant parfois contre des biens personnels. « Qui achètera une vache ? Les gens vivent dans la peur », confie un vendeur sous couvert d’anonymat, exprimant la crainte d’éventuelles représailles administratives ou sociales.
Application stricte de la loi de 1950
Le retournement s’est produit début mai, après l’arrivée au pouvoir au niveau de l’État d’un parti national qui a ordonné l’application rigoureuse d’une loi de 1950 interdisant l’abattage sans certificat officiel. Selon les nouvelles directives, l’abattage ne peut se faire qu’en abattoir municipal ou dans un établissement désigné et les animaux destinés à l’abattage doivent satisfaire à des conditions d’âge précises. Les autorités locales ont exigé des certificats « d’aptitude à l’abattage », ce qui a rendu la chaîne d’approvisionnement incertaine et fragilisé les vendeurs et les fournisseurs de viande.
Chute des ventes et pertes financières pour les commerçants
La décision administrative a eu un impact immédiat sur les prix et la demande. Plusieurs bouchers rapportent une forte baisse des ventes et une réduction de la clientèle. Le prix du bœuf a chuté dans certains circuits, accentuant les pertes pour des commerçants qui fonctionnent sur des marges serrées. Des vendeurs de Dhulagarh estiment perdre plusieurs milliers de roupies par animal invendu ; d’autres déclarent avoir dû hypothéquer des biens de famille pour financer leurs achats saisonniers. Certaines familles de commerçants comptent chaque année sur les revenus de l’Aïd pour assurer leur subsistance ; cette saison, ces gains attendus risquent tout simplement de disparaître.
Restaurants et vendeurs de rue touchés
La perturbation concerne aussi le secteur de la restauration et la vente de rue. Des établissements réputés pour leurs hamburgers au bœuf ou pour des spécialités locales ont suspendu certaines préparations faute d’approvisionnement stable. Des fournisseurs de viande ont fermé temporairement ou cessé de livrer après avoir été contactés par la police locale, selon des témoignages de restaurateurs. Les boucheries traditionnelles ouvrent désormais moins longtemps qu’auparavant et signalent une fréquentation réduite, tandis que les petits restaurants évitent d’acheter de la viande bovine « par peur », provoquant une chute de la demande en amont.
Tensions religieuses et discours politique
Au‑delà des conséquences économiques, la situation alimente des tensions sociales. Des ordres ont été signalés dans certains quartiers pour limiter les prières dans la rue, une pratique courante lors des grands rassemblements religieux lorsque les mosquées ne peuvent accueillir tous les fidèles. Des acteurs civiques et intellectuels dénoncent une récupération politique des questions liées à l’abattage et estiment que ces mesures s’inscrivent dans un contexte plus large de pressions identitaires. Des voix appellent à préserver la sécurité des citoyens et à garantir que les réglementations soient appliquées sans stigmatisation communautaire.
Les commerçants et les familles affectées demandent des réponses pratiques : clarifications sur les modalités d’obtention des certificats, facilitation d’accès aux abattoirs autorisés pour la période de l’Aïd, et mesures d’urgence pour atténuer les pertes économiques. À court terme, beaucoup restent dans l’incertitude, craignant de voir s’effondrer un revenu saisonnier crucial.
La situation à Dhulagarh illustre comment une application brusque d’une réglementation ancienne peut provoquer des perturbations immédiates dans des marchés traditionnels et fragiliser des chaînes d’approvisionnement et des moyens de subsistance déjà vulnérables. L’évolution des jours à venir, à l’approche de l’Aïd al‑Adha, dira si des aménagements seront mis en place pour permettre aux familles de célébrer la fête dans des conditions sûres et sans pertes économiques massives.