Ebola Bundibugyo en RDC : Tedros à Bunia alors que les cas doublent
L’OMS à Bunia face à une épidémie d’Ebola (variant Bundibugyo) qui gagne du terrain en RDC
Épidémie d’Ebola (virus Bundibugyo) en RDC : l’OMS à Bunia, cas presque doublés, propagation vers l’Ouganda, financement réduit et violences entravent la riposte
Le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) s’est rendu à Bunia, capitale de la province de l’Ituri, pour coordonner une réponse à une épidémie d’Ebola liée au virus Bundibugyo qui progresse rapidement dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC). Les autorités congolaises ont rapporté une forte augmentation du nombre de cas confirmés en l’espace de deux jours, tandis que la maladie a franchi la frontière et touché l’Ouganda. Les défis logistiques, les réductions de financement et les violences contre les équipes sanitaires compliquent une riposte déjà tendue.
Arrivée de la direction de l’OMS à Bunia
La visite du directeur général de l’OMS à Bunia vise à renforcer l’appui technique et à mobiliser davantage d’acteurs internationaux tout en soulignant l’importance de l’appropriation locale de la riposte. Selon les responsables, l’objectif est d’évaluer la situation sur le terrain, d’identifier les obstacles à la mise en œuvre des mesures de contrôle et de dialoguer avec les communautés pour améliorer la prévention, la détection et la prise en charge des cas.
Augmentation rapide des cas confirmés et profil du virus
Les autorités congolaises ont indiqué que le nombre de cas confirmés était passé de 121 à 225 en l’espace de deux jours, chiffre qui illustre une accélération de la détection. Plus de 1 000 cas suspects et plus de 220 décès suspects ont été enregistrés, et l’épidémie a déjà franchi la frontière vers l’Ouganda, qui a notifié plusieurs cas confirmés et au moins un décès. Le virus en cause, Bundibugyo, appartient aux variants d’Ebola responsables d’épidémies précoces en Afrique centrale. Il est considéré comme grave et, à ce stade, il n’existe ni vaccin ni traitement approuvé spécifiquement pour ce variant.
Capacité de réponse et financement international
Des livraisons de matériel médical ont été envoyées en Ituri par l’Union européenne, et les États-Unis ont promis des fonds importants pour soutenir la riposte. Toutefois, des responsables régionaux soulignent une baisse notable des financements globaux destinés à la réponse, ce qui réduit les capacités d’intervention. Des organisations médicales sur le terrain estiment que la montée des cas et la vitesse de propagation n’ont pas été suivies par un renforcement proportionné des ressources humaines et logistiques. L’OMS travaille par ailleurs avec la RDC et l’Ouganda pour évaluer des médicaments expérimentaux et un candidat vaccin.
Sécurité des équipes et impact des violences sur la riposte
La lutte contre l’épidémie se déroule dans un contexte sécuritaire difficile. Des équipes de santé ont été visées par des attaques de groupes armés, dont les Forces démocratiques alliées (ADF) et des milices locales, rendant l’accès aux zones touchées et la mise en place des mesures de contrôle plus complexes et dangereuses. Des tensions sociales liées aux règles strictes de manipulation des corps, contraires aux rites funéraires locaux, ont provoqué des affrontements et au moins trois attaques contre des centres de santé, selon des rapports locaux. Les opérations de surveillance, de recherche des contacts et de vaccination ont été perturbées dans plusieurs secteurs.
Mesures frontalières et coordination régionale
Plusieurs pays voisins ont adopté des mesures de précaution : l’Ouganda et le Rwanda ont fermé certaines frontières avec la RDC, et d’autres États ont renforcé la surveillance aux points d’entrée. Ces fermetures ont été critiquées par l’OMS, qui met en garde contre leur efficacité limitée et leurs effets dissuasifs sur la transparence des signalements. Des instances régionales ont réorienté des fonds vers la prévention ; l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD) a décidé de mobiliser des ressources supplémentaires pour la région. Des projets nationaux et internationaux, comme une proposition de centre de quarantaine au Kenya pour les personnes exposées, ont soulevé des débats juridiques et institutionnels.
Risques sanitaires et perspectives à court terme
L’OMS estime que le taux de mortalité d’une épidémie due au Bundibugyo pourrait se situer entre 30 % et 50 % si la progression n’est pas contenue, une fourchette observée lors d’épidémies précédentes du même variant, même si le taux parmi les cas confirmés actuels est inférieur. La RDC, qui enregistre sa 17e épidémie d’Ebola depuis l’identification du virus en 1976, dispose d’expérience dans la gestion de ces crises, mais la conjonction d’un virus virulent, de faiblesse des financements, du contexte sécuritaire et des résistances communautaires crée un risque élevé de propagation régionale si la riposte n’est pas renforcée rapidement.
La situation reste volatile et dépendra de l’intensité des campagnes de dépistage, de la recherche et du suivi des contacts, de l’engagement communautaire et de l’afflux de moyens logistiques et financiers. La coopération transfrontalière et la protection des équipes sanitaires sont aujourd’hui des facteurs déterminants pour limiter l’impact de cette épidémie.