Femmes Massaï transforment le fourrage en revenus pour lutter contre la sécheresse
Tanzanie : des femmes massaï transforment la culture de fourrage en moteur économique face à la sécheresse
En Tanzanie, des femmes massaï convertissent la culture de fourrage résilient en source de revenus, protégeant le bétail et renforçant la stabilité des foyers pastoraux.
La sécheresse prolongée qui a décimé des troupeaux dans le nord de la Tanzanie a poussé des femmes massaï à réinventer leurs moyens d’existence. Là où la perte d’animaux aurait autrefois plongé des familles dans l’insécurité alimentaire et la pauvreté, la culture organisée de fourrage résistant à la sécheresse a créé une activité économique durable. Des coopératives locales et une organisation féminine de pasteurs coordonnent aujourd’hui la production de semences et de bottes de foin sur des parcelles communautaires, offrant à des centaines de familles un approvisionnement pour les périodes sèches et une source régulière de revenus.
Une transformation locale menée par des femmes
Nesirkar Loongidong’i, une mère massaï de 30 ans du village de Selela, illustre ce changement. Après avoir perdu une grande partie de son cheptel pendant la saison sèche, elle a commencé à cultiver des espèces fourragères rustiques sans irrigation. La vente de semences et de bottes d’herbe lui permet désormais de subvenir aux besoins de ses quatre enfants, d’acheter des chèvres et d’améliorer son logement. Son exemple se répète : des acheteurs viennent de villages voisins pour s’approvisionner, ce qui stabilise les revenus même en période de faible pluviométrie.
Organisation et ampleur du mouvement
Le mouvement est structuré autour d’un Conseil pastoral féminin (PWC) actif depuis 1997. Cette organisation opère dans plusieurs districts pastoraux du nord-est et couvre plus de 28 000 km2. Elle rassemble environ 6 500 membres répartis dans 90 villages et sert près de 456 000 personnes, pour la plupart éleveurs massaï. Sous l’impulsion du PWC, dix banques de semences de graminées ont été établies dans huit villages des districts de Monduli et Longido. Les surfaces consacrées au fourrage atteignent environ 75 hectares, avec l’ajout prévu de 37 hectares lors de la saison 2025-2026.
Techniques et espèces adaptées à la sécheresse
Les agricultrices privilégient des espèces résistantes – telles que l’herbe de Rhodes et d’autres graminées locales – qui restent vertes plus longtemps que les pâturages naturels pendant les périodes sèches. Les semences sont stockées et vendues lorsque la demande augmente, et l’herbe récoltée est conditionnée en bottes pour la consommation animale ou transformée en aliments broyés. Ce modèle tire parti des terres communales ouvertes et demande peu d’intrants, ce qui le rend rapidement reproductible dans les zones arides.
Résultats économiques et impact social
Les retombées économiques sont déjà mesurables. Une seule banque de semences a réalisé en 2025 un chiffre d’affaires de 6,6 millions de shillings tanzaniens grâce à la vente de semences et la commercialisation d’environ 1 111 bottes de foin. Chaque botte se vend autour de 6 000 shillings. Ces revenus ont transformé la place des femmes au sein des ménages : plusieurs d’entre elles ne dépendent plus exclusivement de l’élevage de leur mari et contribuent de façon significative au budget familial. La stabilité financière accrue influe sur l’accès à la santé, au logement et à l’éducation des enfants.
Soutien, reproduction du modèle et bénéficiaires
Le projet bénéficie du soutien d’acteurs internationaux et d’ONG, ce qui a permis d’étendre les capacités de production et de formation. Environ 250 femmes gèrent directement les fermes fourragères et des centaines d’autres en profitent indirectement, en particulier durant les saisons sèches où les pâturages naturels disparaissent. Pour les communautés pastorales, où le bétail constitue le cœur de l’identité sociale et économique, ces parcelles organisées servent de filet de sécurité et contribuent à préserver des troupeaux fragiles.
Contraintes opérationnelles et risques persistants
Malgré ces avancées, plusieurs défis demeurent : propagation d’espèces invasives, dégâts dus au bétail ou à la faune sauvage lorsque les clôtures cèdent, et tensions internes liées à la gestion collective et à la répartition des revenus. Le travail demande un entretien constant et une coordination locale renforcée pour éviter les conflits et garantir la pérennité des rendements. Les initiatives doivent aussi composer avec des ressources limitées et la variabilité climatique continue.
Pour de nombreuses familles massaï du nord de la Tanzanie, la production de fourrage n’est plus seulement une stratégie de survie : elle devient une activité économique structurée qui protège le cheptel, génère des revenus réguliers et fait évoluer le rôle des femmes au cœur des systèmes pastoraux, offrant une voie vers une résilience accrue face aux sécheresses récurrentes.