Reprise fragile du tourisme en Mauritanie autour du Richat, l’œil du Sahara
Mauritanie : la Structure Richat relance le tourisme et nourrit l’économie locale
Mauritanie : renouveau du tourisme autour de la Structure Richat. Fatima Bouya relance l’accueil désertique, les arrivées progressent malgré des défis.
Fatima Bouya relance l’accueil autour de la Structure Richat
Fatima Cheikh Mohammad Bouya, 49 ans, veille sur la tente familiale installée près de Guelb er-Richat, sur le plateau de l’Adrar. Elle propose hébergement, repas et souvenirs aux rares visiteurs qui s’arrêtent pour voir la formation circulaire connue comme l’« œil de l’Afrique ». Après des années de presque absence de touristes, Bouya a repris, ces dernières saisons, l’activité que sa famille pratiquait autrefois pour compléter ses revenus. Elle prépare le zrig, infuse le thé ataya et vend des petites pierres sculptées en forme du Richat. Son camp illustre la manière dont des familles locales tentent de capter une portion du marché touristique renaissant.
La Structure Richat, attraction géologique et mythique
La Structure Richat est une formation géologique circulaire d’environ 40 km de diamètre, visible surtout depuis le ciel. Ses anneaux rocheux et ses dômes érodés attirent les curieux, les géologues et les aventuriers. Autour du Richat, le paysage de l’Adrar mêle canyons, oasis et ruines anciennes. Des légendes locales et fantasmes populaires, comme l’idée que la formation marquerait le site de l’Atlantide, alimentent l’intérêt des visiteurs. Le caractère spectaculaire et relativement intact du site constitue un avantage comparatif face à des destinations plus fréquentées.
Le tourisme mauritanien : chiffres et redémarrage
Le secteur touristique a connu un âge d’or au début et au milieu des années 2000, avec des arrivées saisonnières élevées, notamment de France. Une baisse dramatique des visiteurs s’est ensuite produite. Après des mesures de relance, le flux a montré des signes de reprise : les arrivées ont augmenté de 166 % entre 2018 et 2019 lorsque les frais de visa ont été réduits de 120 à 40 euros, attirant environ 4 000 visiteurs cette saison-là. Plus récemment, certains opérateurs estiment à quelques milliers le nombre de visiteurs annuels, un volume modeste mais significatif pour des communautés rurales où le tourisme devient une source de revenus croissante.
Sécurité et mémoire des attaques de 2007
La chute du tourisme au milieu des années 2000 est liée à une série d’attaques menées par des groupes armés dans la région. Le 24 décembre 2007, quatre touristes français ont été tués près de la ville d’Aleg, un événement qui a profondément marqué la réputation du pays. Les autorités ont répondu par un renforcement considérable des dispositifs de sécurité, le déploiement d’unités spécialisées dans les zones frontalières et des politiques de prévention de la radicalisation. Aucune attaque majeure n’a été signalée depuis 2011, ce qui a contribué à restaurer une partie de la confiance des voyageurs, même si la stabilité régionale reste liée à l’évolution de la situation au Sahel voisin.
Infrastructures, offres hôtelières et attentes des visiteurs
Le redémarrage touristique se heurte à des lacunes logistiques et d’infrastructures. Certains sites patrimoniaux, comme Ouadane, manquent encore de billetterie, de gardiens formés et d’aménagements de base. Les attentes varient selon les marchés : des voyageurs en quête d’aventure apprécient l’état quasi vierge des lieux, tandis que d’autres préfèrent des routes plus confortables et des hébergements haut de gamme. L’arrivée de la première chaîne hôtelière internationale à Nouakchott et l’essor d’offres locales montrent cependant que l’offre commence à se diversifier. Le Train du Minerai, devenu une attraction virale pour les aventuriers, illustre la capacité du pays à proposer des expériences uniques, même si elles restent peu structurées.
Perspectives économiques et défis sociaux
Pour des familles comme celle de Bouya, le tourisme représente une opportunité de diversifier des revenus jusqu’ici dépendants d’activités pastorales ou artisanales. Dans un pays où une part importante de la population vit sous le seuil de pauvreté, l’arrivée de visiteurs crée des emplois directs et indirects. Les autorités poursuivent des campagnes de promotion internationale et tentent d’améliorer l’accès à l’eau, à l’électricité et aux réseaux mobiles dans les zones reculées. Néanmoins, la transformation durable du secteur dépendra de la capacité à sécuriser les itinéraires, à professionnaliser les services et à développer des infrastructures respectueuses des communautés locales et de l’environnement.
La reprise du tourisme en Mauritanie reste fragile mais tangible. Entre la volonté des habitants de rouvrir leurs tentes et l’intérêt croissant d’aventuriers en quête d’itinéraires singuliers, le pays cherche à conjuguer sécurité, conservation patrimoniale et retombées économiques pour les populations locales.