Kenya : familles exigent justice deux ans après les manifestations meurtrières du 25 juin 2024
Kenya : deux ans après les manifestations de juin 2024, familles et société civile exigent réponses et justice
Deux ans après les heurts du 25 juin 2024 au Kenya, proches des victimes et acteurs civils ont manifesté pour obtenir enquêtes complètes, révélations sur les disparitions et poursuites contre les responsables.
Rappel des événements du 25 juin 2024
Le 25 juin 2024, des mobilisations initially organisées par des jeunes contre un projet de loi de finances ont dégénéré en vagues de protestation à l’échelle nationale. Des manifestants sont parvenus à pénétrer dans l’enceinte du Parlement lors des incidents, qui ont été suivis de confrontations violentes entre protestataires et forces de l’ordre. Ces affrontements ont entraîné des morts, des blessés et un nombre substantiel de personnes portées disparues.
Commémoration et revendications à Nairobi
Le jour anniversaire, des familles de victimes, des organisations de la société civile et des citoyens ont organisé une marche à Nairobi pour commémorer les morts et réclamer transparence et responsabilité. Les participants ont appelé à accélérer les enquêtes, à rendre des comptes sur les disparitions et à réformer les pratiques de maintien de l’ordre. Pour de nombreux proches, l’événement a ravivé des blessures toujours ouvertes et relancé l’exigence d’une justice effective plutôt que d’indemnités financières isolées.
Bilan des morts et des personnes disparues
Les bilans définitifs restent contestés, mais les recensements établis par comptages officiels et par des observateurs indépendants font état d’environ 62 décès liés aux manifestations de 2024, tandis que d’autres relevés avancent un chiffre proche de 63. Par ailleurs, un rapport publié en 2026 signale qu’au moins 41 personnes liées aux manifestations de 2024 et 2025 sont toujours portées disparues, dont 26 disparitions remontant à 2024 et 15 à 2025. Ces chiffres alimentent les craintes de disparitions forcées et la demande d’un registre clair sur le sort des personnes arrêtées pendant les heurts.
Témoignages des familles en quête de réponses
Plusieurs familles affirment que leurs proches ont été arrêtés ou aperçus en détention puis n’ont plus donné signe de vie. Des parents racontent des recherches éreintantes : visites de prisons, interrogations auprès des autorités locales et demandes répétées d’informations sans résultat concret. L’angoisse et la douleur se prolongent, et certains proches estiment que seul le retour de la personne disparue, ou l’identification et la sanction des responsables, pourrait apporter une forme de justice.
État des enquêtes et avancées judiciaires
Une autorité chargée de la surveillance des forces de l’ordre a détaillé l’état des dossiers en juin : trois affaires sont actuellement en instance devant les tribunaux, trois ont été renvoyées au bureau du procureur pour examen, une fait l’objet d’un examen juridique interne, quatre ont été classées à l’issue d’enquêtes internes, cinq ont été classées suite aux instructions du parquet et 46 restent en cours d’investigation. Les responsables du suivi des enquêtes soulignent que la progression vers des poursuites pénales dépend du caractère suffisant des preuves et de l’examen juridique mené par les autorités compétentes. Ces délais et classements partiels alimentent la frustration des familles qui demandent des processus plus rapides et transparents.
Programme d’indemnisation et réactions des victimes
Le gouvernement a lancé un programme d’indemnisation visant les personnes affectées par des violations des droits lors des manifestations entre 2013 et 2025. La première phase couvre 348 victimes et prévoit un montant total de 3,46 millions de dollars. Parmi les allocations annoncées, les familles de 115 personnes tuées devraient recevoir chacune 23 148 dollars (soit environ 2,66 millions de dollars au total pour cette catégorie), 24 victimes gravement blessées 7 730 dollars chacune, et 137 victimes légèrement blessées 3 865 dollars chacune. Des sommes supplémentaires ont été allouées à d’autres catégories, dont victimes d’infractions sexuelles et pertes économiques. Plusieurs proches estiment toutefois que l’indemnisation pécuniaire ne remplace pas la recherche de responsabilités pénales et réclament que les auteurs présumés soient traduits devant les tribunaux.
Pression continue pour des réformes policières
Les critiques contre les pratiques de maintien de l’ordre se sont intensifiées ces dernières années, avec des observations sur l’usage excessif de la force, des détentions arbitraires et des allégations de disparitions forcées. Des groupes de défense des droits et des observateurs indépendants demandent des réformes institutionnelles de la police, un renforcement des mécanismes de contrôle externe et une meilleure coopération entre les organes d’enquête et le parquet pour garantir des procès équitables lorsque des éléments probants existent. Les autorités sont mises sous pression pour démontrer que les enquêtes ne resteront pas lettres mortes.
Le souvenir de l’événement du 25 juin 2024 demeure pour de nombreuses familles une blessure ouverte : elles réclament non seulement réparation financière, mais surtout vérité, responsabilités établies et sanctions judiciaires lorsque des manquements sont avérés. Les autorités sont attendues sur la transparence des enquêtes et la rapidité des procédures pour répondre aux attentes de justice et mettre un terme à l’incertitude qui affecte encore beaucoup de proches.