Malik Agar propose un dialogue national pour une transition civile au Soudan
Soudan : Malik Agar propose un dialogue national pour dissoudre les milices et préparer une transition civile
Malik Agar, vice-président du gouvernement de transition soudanais et ancien chef rebelle, propose l’organisation d’un dialogue national destiné à restaurer le monopole de l’État sur les armes, dissoudre les groupes armés non étatiques et ouvrir la voie à une transition vers un régime civil et des élections libres.
Agar appelle à un dialogue national
La proposition d’Agar vise à rassembler les acteurs politiques et militaires alignés sur le gouvernement internationalement reconnu pour traiter les questions centrales qui bloquent toute sortie de crise. Le projet prévoit une série de réunions ou d’un forum national visant à forger un consensus sur la gouvernance future du pays, la démilitarisation progressive de la vie politique et les modalités d’une transition vers des institutions civiles élues.
Objectifs concrets de la proposition
Au cœur du plan figurent la restauration du monopole de l’État sur les armes et la dissolution des groupes armés non étatiques. Agar propose que ces éléments soient intégrés dans un calendrier de transition comprenant des étapes précises : retrait des milices des zones civiles, désarmement supervisé par des mécanismes nationaux, et création de cadres de réintégration pour les combattants. L’objectif affiché est de préparer des conditions politiques stables pour organiser des élections libres et inclusives.
Rôle des Forces armées et de la RSF au centre du débat
La proposition met en lumière des différends majeurs sur le rôle futur des Forces armées soudanaises (SAF) et la gestion du conflit avec les Forces de soutien rapide (RSF). Agar insiste pour que les négociations entre l’armée régulière et la RSF soient traitées comme une voie distincte, complémentaire au dialogue national, mais nécessitant des garanties pour la sécurité civile et la protection des populations. Le texte souligne la nécessité de clarifier les prérogatives de chaque force et d’assurer la soumission de tous aux autorités civiles une fois la transition engagée.
Influence d’acteurs régionaux et condamnation des interférences
La proposition reconnaît implicitement l’impact des interventions extérieures sur la dynamique du conflit. Agar souligne que des progrès durables sont difficiles sans adresser l’implication d’acteurs régionaux qui, selon lui, ont soutenu certaines forces armées non étatiques. Le processus proposé prévoit d’aborder ces interférences diplomatiquement, par des négociations politiques qui prendraient en compte le rôle des États tiers afin d’obtenir des engagements de non-ingérence et de soutien à la stabilisation nationale.
Antécédents et initiatives manquées depuis 2020
Le plan s’appuie sur les principes d’un accord de paix signé en 2020 entre le gouvernement et plusieurs groupes rebelles, destiné à mettre fin à des décennies d’instabilité. Depuis l’escalade des combats entre la SAF et la RSF en avril 2023, de multiples tentatives de cessez-le-feu et d’initiatives de paix ont été engagées sans aboutir. En 2025, le Soudan a soumis un plan au Conseil de sécurité de l’ONU demandant le retrait des RSF de vastes zones comme condition de négociation ; la demande a été rejetée par la direction de la RSF. En novembre 2025, une initiative quadripartite menée par plusieurs puissances régionales et internationales a proposé une trêve humanitaire de trois mois suivie de réformes, mais elle a été jugée partiale par les autorités militaires. En décembre 2025, une feuille de route portée par des civils a tenté de former un “troisième pôle” politique indépendant des deux forces armées principales.
Impact humanitaire et défis de mise en œuvre
Le conflit a entraîné une catastrophe humanitaire : des milliers de morts et environ 14 millions de personnes déplacées, constituant l’une des plus graves crises de réfugiés et d’apatridie contemporaines. Les accusations de violations graves des droits humains, y compris des allégations de nettoyage ethnique, compliquent la recherche d’un accord. La mise en œuvre d’un désarmement effectif et d’un calendrier électoral crédible nécessitera des garanties de sécurité, des mécanismes de vérification internationaux ou régionaux acceptés et des ressources substantielles pour la reconstruction et la réintégration sociale.
La proposition d’Agar marque une évolution politique notable de la part d’un ancien chef rebelle désormais intégré à l’appareil de transition. Sa réussite dépendra de l’acceptation par les forces en présence, de la capacité à isoler les spoilers, et de la volonté des partenaires régionaux et internationaux de soutenir une approche impartiale. Les prochaines semaines détermineront si ce projet peut relancer des négociations larges et inclusives ou s’il s’ajoutera à la longue liste d’initiatives avortées qui n’ont pas réussi à mettre fin au cycle de violence.