La Grèce s’oppose au paquet de l’UE limitant le transport de GNL russe
Tensions entre la Grèce et l’Ukraine relancent le débat sur le 21e paquet de sanctions et les risques pour l’économie grecque
La Grèce a bloqué provisoirement une proposition de 21e paquet de sanctions contre la Russie, invoquant des risques majeurs pour sa flotte, ses ports, le GNL, le tourisme et l’économie nationale.
La tentative de la Commission européenne de reconfigurer un 21e paquet de sanctions contre la Russie a buté cette semaine sur l’opposition de la Grèce, qui estime que les mesures proposées pénaliseraient de manière disproportionnée son secteur maritime. Les sanctions prévues visent notamment à empêcher les navires immatriculés dans l’Union européenne de transporter du gaz naturel liquéfié (GNL) russe vers des pays tiers. Cette controverse s’ajoute à une série de tensions récentes entre Athènes et Kiev, alors que la Grèce augmente parallèlement son implication économique et logistique en faveur de l’Ukraine.
Blocage du 21e paquet et intérêts maritimes grecs
La Grèce, propriétaire d’environ 60 % de la flotte marchande européenne, a fait valoir que l’interdiction d’acheminement du GNL russe par des navires de l’UE frapperait durement ses armateurs et opérateurs portuaires. Les autorités grecques ont souligné que l’Union européenne elle-même a augmenté ses importations de GNL russe de 11 % sur les six premiers mois de 2026 par rapport à la période correspondante de 2025, ce qui complique la mise en place de restrictions strictes sans provoquer des effets économiques en chaîne.
Incidents maritimes récents et inquiétudes sécuritaires
La découverte en mai d’un drone naval chargé d’explosifs dans une crique de l’île de Lefkada, en mer Ionienne, a ravivé les préoccupations sur la sécurité des eaux territoriales grecques. Les responsables grecs ont exprimé leur crainte d’un risque environnemental élevé et du danger lié à la présence d’explosifs près de zones côtières fréquentées. Un haut responsable grec a déclaré craindre « une marée noire éventuelle » et a insisté sur le besoin d’éviter que le territoire national ne devienne un théâtre d’opérations de guerre. Kiev a, selon les autorités grecques, assumé une part de responsabilité et promis une plus grande prudence dans l’emploi de tels systèmes.
Coopération économique et projets de reconstruction en Ukraine
Malgré les tensions, la Grèce a développé des initiatives concrètes en soutien à la reconstruction ukrainienne. En mai et les mois suivants, des entreprises grecques ont engagé au moins quatre projets portant sur la reconstruction de centrales hydroélectriques et d’autres infrastructures endommagées pendant le conflit. Le financement provient d’une combinaison de fonds publics nationaux, de ressources de l’Union européenne et d’investissements privés. Le vice-ministre grec des Affaires étrangères, Haris Theoharis, a signé le premier mémorandum grec décrivant l’aide à la reconstruction et a indiqué que des négociations pour un accord intergouvernemental sont en cours.
Rôle stratégique du port d’Alexandroupolis
Le port d’Alexandroupolis est devenu, depuis 2022, un point logistique majeur pour l’acheminement d’équipements militaires vers l’Ukraine et, à partir de novembre 2025, un flux de GNL destiné à soutenir les besoins ukrainiens après les frappes sur les infrastructures gazières. Cette double fonction logistique et énergétique renforce la position stratégique de la Grèce dans l’architecture d’aide européenne, tout en augmentant la sensibilité d’Athènes aux décisions européennes affectant le transport maritime et l’énergie.
Contributions financières et équilibre budgétaire
Selon les autorités, la Grèce a fourni une aide bilatérale directe d’un montant évalué à 170 millions d’euros, accompagnée d’environ 1,14 milliard d’euros d’aide militaire et financière via les institutions européennes, ainsi que 9 millions d’euros d’aide humanitaire. Ces engagements ont été pris alors que le pays poursuit sa consolidation budgétaire après la crise économique précédente, ce qui illustre la contrainte financière dans laquelle Athènes opère pour soutenir l’Ukraine tout en protégeant ses intérêts nationaux.
Enjeux politiques internes et menaces hybrides
Outre les dimensions économiques et sécuritaires, la Grèce fait face à des enjeux politiques internes : la préparation aux élections générales prévues entre l’automne 2026 et le début de 2027 renforce les craintes liées aux campagnes de désinformation et aux opérations d’influence. Les responsables grecs soulignent aussi la possibilité d’une intensification d’actions de « guerre hybride » de la part de la Russie en réaction à l’appui grec à l’Ukraine, ce qui conduit Athènes à adopter une approche prudente sur certains volets de coopération, notamment la fabrication conjointe de drones maritimes.
L’approche graduelle d’Athènes contraste avec les attentes ukrainiennes mais s’explique par la nécessité de préserver des secteurs-clés de l’économie — tourisme et maritime représentent ensemble plus d’un quart du produit intérieur brut — tout en continuant un soutien multiforme à Kiev. Les discussions à Bruxelles sur le 21e paquet de sanctions devront désormais trouver un équilibre entre l’objectif de réduire la capacité d’action de la Russie et la protection des intérêts économiques de membres de l’Union comme la Grèce.