Ebola en Ituri, RDC : plus de 2 500 cas, agents de santé en danger
Epidémie d’Ebola en Ituri menace de devenir l’une des plus graves de l’histoire récente
Épidémie d’Ebola en Ituri (RDC) : plus de 2 500 cas et 1 000 décès au 21 juillet 2026. Souches sans vaccin, surveillance affaiblie, agents toujours non payés.
L’épidémie d’Ebola qui progresse dans l’est de la République démocratique du Congo a pris une ampleur alarmante en quelques semaines. Déclarée officiellement le 15 mai 2026, la flambée s’est rapidement étendue autour de Bunia, dans la province de l’Ituri, et a franchi la frontière vers l’Ouganda. Au 21 juillet 2026, plus de 2 500 cas et environ 1 000 décès ont été recensés. Les autorités sanitaires locales font état d’une souche Bundibugyo pour laquelle aucun vaccin ni traitement approuvé n’existe, ce qui complique fortement la riposte.
Alerte sanitaire sur le risque d’une épidémie majeure
Les responsables sanitaires ont qualifié la situation de potentiellement l’une des plus graves au monde, en raison d’une combinaison de facteurs : une souche rare sans contre-mesures validées, une détection tardive et une surveillance affaiblie par les réductions de soutien mondial l’année passée. L’épidémie se déroule dans une région marquée par des conflits armés et une forte méfiance envers les autorités, ce qui limite l’accès aux soins et la notification rapide des cas suspects.
Propagation rapide et chiffres-clés au 21 juillet 2026
Depuis la déclaration du 15 mai 2026, les cas ont augmenté à un rythme inhabituel pour la RDC : plus de 2 500 cas en un peu plus de deux mois, contre plus de dix mois en 2018 pour atteindre 2 000 cas lors de l’épidémie précédente en RDC. L’Ouganda a signalé des cas transfrontaliers, avec 20 cas et deux décès rapportés. Ces chiffres montrent une propagation géographique rapide et une pression importante sur les structures de santé locales.
Souche Bundibugyo sans vaccin ni traitement approuvé
La souche identifiée, Bundibugyo, n’est pas couverte par les vaccins et traitements autorisés pour d’autres variants d’Ebola. L’absence de contre-mesures éprouvées augmente la dépendance aux mesures non spécifiques : isolement des malades, traçage des contacts, mesures d’hygiène et prise en charge symptomatique. Les spécialistes sur le terrain signalent également que la maladie a circulé pendant des semaines sans détection officielle avant la déclaration de l’épidémie, ce qui a favorisé la dissémination.
Agents de santé: manque d’équipements et salaires impayés
Les personnels soignants sont en première ligne et paient un lourd tribut. Plus de 100 agents de santé ont été infectés et environ 35 sont décédés. De nombreux soignants dénoncent un manque d’équipements de protection individuelle suffisants et des salaires restés impayés depuis le début de la mobilisation en mai. À l’hôpital général de Rwampara, centre de traitement important près de Bunia, des équipes ont déclenché une grève pour non-paiement et des incidents d’hostilité ont déjà perturbé le fonctionnement du centre.
Conflit et méfiance compliquent le suivi des cas
L’Ituri est traversée par des violences persistantes et une défiance élevée envers les acteurs de santé. Dans plusieurs communautés, les équipes de riposte sont perçues comme suspectes ; des théories complotistes et des interprétations culturelles alimentent le rejet des messages de prévention. Des éclats de violence ont conduit à l’incendie de parties d’un centre de traitement et à la poursuite d’agents de santé obligés de fuir. Ces conditions rendent le traçage des contacts, le dépistage et l’isolement des malades extrêmement difficiles.
Témoignages de terrain: Rwampara et Bunia
Sur le terrain, les récits des intervenants traduisent la lourde réalité humaine derrière les chiffres. Paluku Audrey, responsable de l’engagement communautaire de 29 ans basé à Bunia, décrit des journées à convaincre des populations hostiles, souvent accusées de vouloir manipuler la maladie. Elle raconte des agressions à l’encontre de ses équipes, le transport des premiers corps et la pression constante d’assumer un travail sans rémunération régulière. Ghislain Maneba, épidémiologiste de 35 ans au centre de Rwampara, évoque la fatigue, la peur quotidienne d’être contaminé et le chagrin d’avoir perdu un collègue médecin. Tous deux soulignent néanmoins que certaines sensibilisations portent leurs fruits : des familles acceptent désormais d’emmener des malades à l’hôpital et relaient les messages de prévention.
Les témoignages mettent aussi en lumière des contraintes logistiques concrètes : trajets quotidiens de plus de dix kilomètres pour rejoindre les centres, moyens de transport insuffisants, équipement protecteur distribué en quantité limitée, et manque de primes et de ressources promises mais non déployées. Ces lacunes aggravent la vulnérabilité des équipes et compromettent la continuité des soins.
La situation épidémiologique en Ituri exige une intensification rapide de la réponse opérationnelle : renforcement de la surveillance épidémiologique, distribution massive d’équipements de protection, paiement immédiat des personnels mobilisés, et actions de confiance communautaire adaptées au contexte de conflit. Sans ces mesures, l’épidémie risque de s’installer durablement et d’entraîner de nouvelles pertes humaines dans une région déjà fragilisée.