Ituri, RD Congo : rentrée scolaire sous tension alors que l’épidémie d’Ebola Bundibugyo progresse
RDC : rentrée scolaire le 1er septembre 2026 malgré l’épidémie de Bundibugyo, l’Ituri en première ligne
Rentrée scolaire en RDC le 1er septembre 2026 au milieu d’une épidémie d’Ebola causée par le virus Bundibugyo : inquiétudes en Ituri, enseignement à distance.
Les élèves de la République démocratique du Congo ont repris le chemin de l’école mardi 1er septembre 2026 alors que le pays fait face à la plus large épidémie d’Ebola jamais enregistrée sur son territoire. Les autorités ont maintenu la date de la rentrée tout en déployant un dispositif différencié selon le niveau de risque, mais parents, enseignants et syndicats expriment des réserves, notamment dans la province de l’Ituri, épicentre de la flambée.
Bilan national et situation en Ituri
Au 31 août 2026, le bilan officiel faisait état de 6 041 cas confirmés et de 2 911 décès liés à l’épidémie. Six des 26 provinces sont touchées, mais l’Ituri concentre l’essentiel des contaminations : 4 802 cas confirmés y étaient recensés au 26 août. Les autorités sanitaires indiquent que le virus responsable est le Bundibugyo, une espèce d’Ebolavirus différente de celle du Zaïre qui a causé les précédentes crises en RDC.
Inquiétudes des parents à Bunia
À Bunia, capitale de l’Ituri, de nombreux parents doutent de la sécurité d’une reprise en présentiel. « En tant que parent, je suis préoccupé par l’annonce de la réouverture des écoles », déclare Dieudonné Lotsima, père de trois enfants. Plusieurs familles estiment que les conditions sanitaires actuelles ne garantissent pas la protection des élèves et préfèreraient un report jusqu’à la disponibilité d’un vaccin spécifiquement efficace contre le virus Bundibugyo. D’autres parents évoquent l’impossibilité pour les enfants de respecter certaines mesures d’hygiène à l’école et s’alarment du risque de transmission intra-familiale.
Dispositif gouvernemental pour la reprise
Le ministère de l’Éducation a opté pour une stratégie différenciée plutôt qu’un confinement national des écoles. Les zones sont classées en trois couleurs : verte (aucune transmission signalée), orange (transmission présente mais apprentissage possible avec précautions) et rouge (risque élevé). Dans les secteurs à risque, l’enseignement repose sur la distribution de cahiers d’exercices et de fiches pédagogiques, complétée par des programmes éducatifs diffusés par les radios locales et communautaires. Le gouvernement prévoit aussi de fournir des radios aux familles qui n’en possèdent pas pour garantir l’accès aux contenus. La ministre de l’Éducation a précisé que le système visait à couvrir les éléments essentiels du programme sans recourir à l’enseignement en ligne.
Réserves des syndicats et des enseignants
Les syndicats d’enseignants en Ituri estiment que les conditions minimales ne sont pas réunies pour un retour sûr. Le Comité intersyndical de l’Ituri 1 a souligné l’absence de mesures sanitaires de base dans de nombreuses écoles : points de lavage des mains, gel hydroalcoolique, thermomètres et dispositifs de surveillance font défaut. « Nous ne pouvons pas sacrifier la vie des enfants et des enseignants simplement pour respecter un emploi du temps », avertit Budju Lobo Isaac, représentant syndical. Les autorités locales affirment avoir formé des inspecteurs et des responsables provinciaux pour transmettre aux chefs d’établissement et aux enseignants les techniques de prévention et de détection des comportements à risque.
Absence de vaccin spécifique et essai clinique en cours
La pandémie actuelle est due au virus Bundibugyo, pour lequel il n’existe pas, à ce stade, de vaccin ou de traitement approuvé spécifiquement. Le vaccin Ervebo, développé contre l’Ebolavirus du Zaïre, est utilisé pour protéger les personnels de santé de première ligne, mais son efficacité contre la souche Bundibugyo n’a pas été démontrée. Un essai clinique a été lancé pour évaluer si ce vaccin peut offrir une protection contre la souche en circulation, tandis que les équipes de recherche analysent d’autres options vaccinales et thérapeutiques.
Rôle des écoles dans la prévention et la sensibilisation
Certains experts considèrent la rentrée comme une opportunité de sensibilisation. Les écoles, grâce à la formation du personnel et à la diffusion de messages via les élèves, peuvent contribuer à informer les familles sur les signes de la maladie et sur les gestes barrières adaptés. « Une fois sensibilisés, les enfants peuvent devenir des relais vers leurs foyers », observe un spécialiste impliqué dans la réponse. Les autorités ont mis l’accent sur la formation des inspecteurs et des enseignants pour qu’ils puissent transmettre des messages clairs sur la prévention et orienter rapidement les cas suspects vers les services de santé.
La rentrée se déroule donc sous une forte tension entre la nécessité de maintenir la continuité pédagogique et l’impératif de protéger la santé publique. Les prochains jours seront déterminants pour évaluer si les mesures mises en place suffisent à limiter les risques de propagation dans les établissements scolaires, en particulier dans les zones classées rouge en Ituri.