Enquête ONU : soutien extérieur et drones renforcent RSF et aggravent crise soudanaise
Soudan : une enquête met au jour des réseaux étrangers qui renforcent les capacités militaires des belligérants et aggravent la crise humanitaire
Enquête ONU révèle que des recrues, armes et technologies transfrontalières ont permis aux RSF et à l’armée soudanaise d’étendre les frappes, provoquant morts et déplacements massifs.
La récente enquête internationale menée par une mission soutenue par les Nations Unies conclut que des réseaux transnationaux ont fourni combattants, armement avancé et soutien technologique aux Forces de soutien rapide (RSF) et, dans une moindre mesure, aux Forces armées soudanaises (SAF), exacerbant un conflit déjà dévastateur au Soudan. Le rapport documente le recrutement et le déploiement de personnels étrangers, l’amélioration des capacités de drones et d’artillerie, ainsi que l’utilisation d’itinéraires logistiques passant par plusieurs pays pour acheminer hommes et matériels. Depuis avril 2023, ces renforts extérieurs ont permis des frappes au-delà des lignes de front et contribué à une détérioration sévère de la protection des civils.
Recrutement transnational et présence de mercenaires
L’enquête estime que jusqu’à 2 000 anciens sous-traitants militaires colombiens ont été déployés aux côtés des RSF, opérant notamment des drones de combat, de l’artillerie et des systèmes d’armes avancés. Des combattants originaires du Soudan du Sud, du Tchad et d’Éthiopie ont également été identifiés sur le terrain, certains servant en première ligne. Des intermédiaires et recruteurs privés, actifs depuis plusieurs régions du monde, ont organisé le transfert de personnel et leur formation, renforçant la capacité des belligérants à mener des opérations de grande envergure.
Drones et frappes au-delà des lignes de front
Le rapport souligne que l’apport extérieur a considérablement amélioré les capacités des drones détenus par les RSF et les SAF, leur permettant de frapper des cibles bien au-delà des frontlines traditionnels. Des frappes documentées incluent une attaque à Kalogi, dans le Kordofan méridional, qui a fait 114 morts, et une frappe à Ad‑Da’ein, dans le Darfour oriental, qui a tué au moins 70 personnes et détruit un hôpital majeur. Les attaques répétées contre El‑Obeid, dans le Nord‑Kordofan — notamment entre juillet et août 2026 — sont qualifiées dans le rapport de possibles violations graves du droit international humanitaire et pourraient constituer des crimes de guerre.
Chaînes logistiques et pays de transit
Selon l’enquête, des entités privées et des intermédiaires opérant depuis des États tiers ont utilisé des sites de transit au Tchad, en Libye et en Somalie pour faciliter l’acheminement de personnel, d’armes et de logistique vers le Soudan. Des activités de transit et d’approvisionnement auraient aussi été organisées à partir de pays comme la Colombie et les Émirats arabes unis. Face à ces allégations, plusieurs gouvernements ont répondu en niant certains soutiens ou en affirmant leur neutralité; d’autres ont indiqué examiner les déclarations. La mission appelle les États à mettre fin aux flux illicites et à faire respecter l’embargo international sur les armes.
Impact humanitaire et bilan des pertes
Le conflit entre les SAF et les RSF a entraîné des pertes massives et une crise humanitaire d’une ampleur extrême. Depuis le début des affrontements en avril 2023, des dizaines de milliers de personnes ont été tuées et plus de 12 millions ont été déplacées à l’intérieur du pays. Au moins trois millions de réfugiés soudanais ont traversé les frontières pour se rendre dans des États voisins, notamment l’Égypte, le Tchad et le Soudan du Sud. Les infrastructures civiles — hôpitaux, écoles et réseaux d’eau — ont été ciblées ou détruites, aggravant les besoins humanitaires et rendant l’accès à l’aide beaucoup plus difficile.
Demandes internationales et conséquences juridiques possibles
La mission d’établissement des faits, créée par le Conseil des droits de l’homme en octobre 2023 pour collecter des preuves, met en garde contre les conséquences juridiques des transferts d’armes et du recours à des mercenaires. Le rapport évoque « des motifs raisonnables de croire » que des comportements observés présentent des caractéristiques de crimes internationaux, et il souligne la nécessité d’enquêtes pénales indépendantes. Les auteurs appellent à la fin des réseaux d’approvisionnement illicite et à l’application stricte des embargos, avertissant que l’impunité encouragerait de nouvelles escalades et de nouvelles violations.
La mission insiste sur l’impact disproportionné de ce soutien extérieur sur les civils et demande aux États de coopérer pour démanteler les chaînes de recrutement et d’approvisionnement. Le rétablissement d’un accès humanitaire sécurisé et la protection des infrastructures civiles sont présentés comme des urgences immédiates pour atténuer les souffrances et prévenir une nouvelle détérioration de la crise.