L’ONU encourage la projection Equal Earth pour rétablir la taille réelle de l’Afrique
L’ONU recommande la projection Equal Earth pour corriger les distorsions qui minimisent l’Afrique
L’Assemblée générale de l’ONU a approuvé une résolution encourageant l’adoption de la projection Equal Earth afin d’améliorer la représentation des superficies continentales et corriger les déformations visuelles.
L’Assemblée générale des Nations Unies a adopté vendredi une résolution portée par plusieurs pays africains recommandant l’utilisation de la projection cartographique dite Equal Earth pour représenter la surface des continents. La résolution a recueilli 164 voix pour, un vote contre (les États-Unis) et six abstentions. Le texte invite les gouvernements, les établissements scolaires et les institutions publiques à envisager l’emploi de cette projection comme alternative à la projection Mercator, historiquement dominante sur les planisphères.
Vote de l’Assemblée générale
La résolution a été soumise au vote en séance plénière et approuvée à une large majorité. Sur 193 États membres, 164 ont soutenu la proposition, un pays a voté contre et six se sont abstenus. Les abstentions ont été enregistrées par la Serbie, l’Estonie, la Géorgie, la Lituanie, la Moldavie et l’Ukraine. Le vote n’a pas de caractère contraignant, mais il envoie un signal politique fort en faveur d’une révision des représentations cartographiques diffusées par défaut.
Contenu et portée de la résolution
Le texte adopté recommande explicitement la projection Equal Earth comme « option pertinente » pour améliorer la précision des cartes du monde, en insistant sur la nécessité de corriger les représentations qui altèrent les superficies relatives des continents. La résolution précise qu’elle n’interdit pas l’usage de la projection Mercator — conçue au XVIe siècle pour la navigation — mais qu’elle encourage l’examen et l’adoption, lorsque cela est approprié, d’un format qui préserve mieux les proportions réelles.
Différences techniques entre Mercator et Equal Earth
La projection Mercator privilégie la conservation des angles et des formes, ce qui la rend utile pour la navigation, mais elle déforme les surfaces à mesure que l’on s’éloigne de l’équateur. En conséquence, des régions proches des pôles apparaissent exagérément grandes à l’échelle visuelle. La projection Equal Earth conserve davantage les superficies relatives des masses terrestres tout en offrant une forme proche de celle d’un globe. Elle tente ainsi d’équilibrer lisibilité et exactitude des proportions, réduisant les biais visuels hérités des anciennes projections.
Comparaisons de superficies et déséquilibres visuels
Les chiffres illustrent l’écart entre perception et réalité : l’Afrique couvre environ 30,3 millions de kilomètres carrés, espace suffisant pour englober les États-Unis, la Chine, l’Inde et une grande partie de l’Europe. L’Amérique latine occupe près de 20 millions de kilomètres carrés, dont l’Amérique du Sud représente ~17,8 millions. L’Océanie s’étend sur environ 8,5 millions de kilomètres carrés, principalement l’Australie, tandis que l’Asie du Sud représente environ 5,1 millions de kilomètres carrés. À titre de comparaison, l’Europe totalise environ 10,2 millions de kilomètres carrés. Ces données montrent que plusieurs régions sont visuellement sous-estimées sur les cartes Mercator, où des territoires comme le Groenland paraissent presque équivalents à l’Afrique alors qu’ils en sont loin en superficie réelle.
Réactions des gouvernements et responsables
La résolution a reçu des réactions positives de plusieurs capitales. La France, co-parrain de l’initiative, a annoncé qu’elle abandonnerait progressivement la projection Mercator dans ses publications officielles. Des responsables africains à l’origine du texte ont souligné l’impact éducatif et symbolique des cartes : celles-ci « guident l’éducation, nourrissent l’imagination et influencent les perceptions collectives », selon une intervention d’un représentant togolais lors des débats. Du côté des opposants, la délégation des États-Unis a qualifié le dossier de distraction des priorités, estimant que l’Assemblée générale devait se concentrer sur d’autres enjeux.
Conséquences pratiques et perspectives d’adoption
La résolution n’impose pas de calendrier ni d’obligation, mais elle peut accélérer les changements dans les manuels scolaires, les cartes publiées par des administrations publiques et les supports pédagogiques. Plusieurs institutions pourront décider d’intégrer la projection Equal Earth pour les usages éducatifs et de sensibilisation, tandis que d’autres continueront d’appliquer des projections adaptées à des besoins techniques spécifiques, comme la navigation ou certaines analyses géospatiales. L’adoption effective dépendra des décisions nationales, des éditeurs cartographiques et des organismes de normalisation.
L’initiative marque néanmoins une étape symbolique importante : elle remet au centre du débat la manière dont les représentations visuelles façonnent les perceptions géopolitiques et culturelles. En encourageant une projection qui reflète mieux les superficies réelles, l’ONU ouvre la voie à une réévaluation des outils pédagogiques et à une plus grande attention portée à l’équité visuelle dans la cartographie mondiale.