Hausse de 10% du carburant par les Houthis aggrave la faim au Yémen
Hausse de 10 % du prix de l’essence dans les zones houthis met à l’épreuve les familles au Yémen
Hausse de 10 % du carburant dans les territoires houthis aggrave déjà la précarité au Yémen, alourdissant coûts de transport et pesant sur l’alimentation.
La décision d’augmenter d’environ 10 % le prix de l’essence et du diesel dans les territoires contrôlés par les Houthis a pris de court de nombreux habitants de Sanaa et d’autres villes. Le prix officiel est passé de 4 750 riyals yéménites à 5 250 riyals, une hausse qui survient après près de quatre ans de stabilité du tarif dans ces zones. Pour des familles déjà fragilisées par la guerre et la récession, cette mesure amplifie une pression économique qui se traduit immédiatement dans le panier alimentaire et le budget logement.
Augmentation confirmée et motifs annoncés
Les autorités locales ont justifié la hausse par une hausse des cours internationaux et par des perturbations récentes des approvisionnements maritimes et terrestres. Elles ont indiqué que la mesure serait temporaire, sans préciser de calendrier de révision. Des acteurs locaux soulignent toutefois que des incidents récents en mer Rouge et des changements dans les routes commerciales ont contribué à une tension sur l’offre, rendant le carburant plus cher et plus difficile à acheminer.
Témoignage d’un chauffeur de taxi à Sanaa
Ahmed Yahya, 28 ans, remplit chaque matin une petite réserve de carburant — environ dix litres — pour commencer ses courses. Père de trois enfants, il explique que le carburant est d’abord un moyen de gagner sa vie : “J’alimente d’abord mon taxi pour qu’il puisse aider à nourrir ma famille.” Jusqu’à la hausse, il payait l’équivalent d’environ 8,90 dollars pour un plein type ; il paie désormais près de 9,80 dollars. Avec des dépenses alimentaires mensuelles estimées à 75 000 riyals (environ 140 dollars) et un loyer de 25 000 riyals (environ 47 dollars), la marge de manœuvre se réduit. Selon lui, la famille aura besoin d’au moins 85 000 riyals par mois pour maintenir le même niveau d’alimentation, ce qui pose la question dramatique : payer le loyer ou acheter à manger.
Allongement des trajets et hausse des coûts logistiques
La reprise des combats et les itinéraires détournés pour éviter les zones de front ont partout allongé les temps de transport. Des commerçants indiquent qu’un trajet qui prenait auparavant trois jours peut désormais durer jusqu’à une semaine, ce qui augmente le coût du fret et mène à des pertes opérationnelles. L’effet est immédiat : les vendeurs répercutent ces hausses sur le prix final des denrées, exacerbant l’inflation locale. Le nombre de camions arrivant dans la capitale a diminué récemment, selon des agents sur les points de contrôle, ce qui réduit la disponibilité de certains produits.
Pression sur la sécurité alimentaire et les conditions de vie
Des estimations récentes font état de dizaines de millions de personnes en situation d’insécurité alimentaire aiguë dans le pays. Dans ce contexte, chaque augmentation des coûts de l’énergie se traduit par une hausse des prix des denrées de base comme la farine, le riz et l’huile. Des acteurs humanitaires et des observateurs locaux préviennent que la multiplication des coûts pourrait réduire le nombre de repas consommés par jour dans de nombreuses familles et accroître la demande d’assistance.
Effets en chaîne sur l’agriculture, l’eau et les petites entreprises
Les carburants servent d’intrants essentiels pour l’irrigation, le transport des récoltes et l’alimentation de générateurs qui fournissent eau et électricité. Une hausse de 10 % ne se limite donc pas au prix du plein ; elle génère un effet de cascade sur les coûts de production, les tarifs des transports en commun et le fonctionnement des services essentiels. Les petites et moyennes entreprises, qui opèrent déjà avec des marges réduites, risquent d’être contraintes de fermer ou d’augmenter leurs prix, ce qui pèsera encore davantage sur les ménages vulnérables.
Les commerçants interrogés expliquent qu’ils n’augmentent pas les prix par désir, mais par nécessité économique : face à des frais de transport plus élevés et à une raréfaction des approvisionnements, le maintien des anciens tarifs devient inviable. Les rues des villes et la chaîne d’approvisionnement nationale montrent ainsi comment une décision apparemment limitée à la pompe peut se traduire par une pression généralisée sur le coût de la vie.
La hausse des prix du carburant est présentée par les autorités comme une mesure passagère liée à des facteurs internationaux et régionaux, mais sur le terrain, les familles et les petites entreprises ressentent déjà ses effets. Si les tensions autour des routes commerciales et les risques sécuritaires persistent, les chaînes logistiques resteront vulnérables et la recomposition des coûts pourrait s’ancrer, amplifiant la fragilité économique d’un grand nombre de foyers.