Soudan du Sud : Kiir dissout le gouvernement d’unité et prépare les élections
Salva Kiir dissout le gouvernement d’unité et nomme un exécutif intérimaire au Soudan du Sud
Salva Kiir dissout le gouvernement d’unité et nomme un exécutif intérimaire, ouvrant la voie aux élections du 22 décembre, suscitant des craintes. (160 caractères)
Le président du Soudan du Sud, Salva Kiir, a signé le 23 septembre 2026 un décret dissolvant le gouvernement d’unité de transition et nommant une administration intérimaire, une décision qui accélère le calendrier vers des élections nationales mais alimente les craintes d’un pouvoir présidentiel sans contrepoids. Le texte met fin à la structure de partage du pouvoir issue de l’accord de paix de 2018 et prévoit le maintien de Kiir à la présidence « pendant la période électorale jusqu’à ce que le prochain président élu prenne ses fonctions ».
Kiir dissout les organes exécutifs et législatifs
Le décret lu à la chaîne nationale met fin aux fonctions de tous les vice-présidents, ministres et administrateurs locaux nommés dans le cadre de l’accord de paix, et ordonne la dissolution des assemblées nationale et étatiques. Les institutions judiciaires et les forces de sécurité sont explicitement maintenues en place, tandis que l’exécutif intérimaire exercera les fonctions gouvernementales durant la période pré-électorale. Ces décisions suppriment les mécanismes de partage du pouvoir qui avaient été considérés comme centraux pour la stabilité nationale depuis la fin des combats majeurs.
Modifications législatives autorisent le maintien de Kiir
Le décret intervient après l’adoption par le Parlement de modifications à la loi électorale permettant au président de rester en fonction pendant la période électorale et d’écarter les vice-présidents issus de l’accord de 2018. Ces changements législatifs ont été présentés comme nécessaires pour organiser les scrutins, mais ils concentrent de larges prérogatives au chef de l’État. Des observateurs constitutionnels ont souligné l’ambiguïté de certaines dispositions, qui pourraient laisser au président une marge de manœuvre considérable pendant la transition.
Date des élections maintenue au 22 décembre malgré les préparatifs incomplets
Les autorités confirment que les élections sont programmées pour le 22 décembre, date à laquelle le pays devrait organiser sa première consultation présidentielle et législative depuis des années. Or plusieurs étapes prévues par l’accord de paix restent inachevées : rédaction d’une constitution permanente, recensement et inscription complète des électeurs, et unification des forces armées issues des camps rivaux. Les élections se tiendront donc sans ces préalables, ce qui soulève des interrogations sur la transparence et l’inclusivité du scrutin.
Opposition et organisations de la société civile s’insurgent
La principale alliance d’opposition a rejeté les modifications légales et la dissolution du gouvernement d’unité, estimant que la manœuvre prive le pays de garanties institutionnelles essentielles. Des organisations de défense des droits ont reconnu l’importance d’organiser des élections mais ont appelé les autorités à garantir un environnement libre et sécurisé pour les électeurs et les candidats. Un responsable des droits de l’homme a demandé des garanties claires pour la liberté d’expression, d’assemblée et la sécurité des observateurs.
Analystes juridiques mettent en garde contre un pouvoir sans contrôle
Plusieurs juristes et analystes indépendants alertent sur le risque d’un pouvoir présidentiel élargi. « Kiir sera le seul au pouvoir, sans vice-présidents, sans exécutif, sans parlement », a déclaré un avocat ayant participé à l’élaboration constitutionnelle, soulignant le risque d’un exécutif sans contrepoids. Un autre analyste a relevé la grande imprécision des nouvelles règles, évoquant la possibilité pour le président de différer sa candidature ou d’agir sans calendrier contraignant clair.
Sécurité renforcée et remaniements institutionnels
Les autorités ont procédé récemment à un remplacement à la tête de la commission électorale, nommant Gabriel Bol Deng Majok pour superviser les préparatifs du scrutin. Parallèlement, des mesures de sécurité ont été visibles dans la capitale : points de contrôle, fermetures de routes autour du complexe gouvernemental et consignes de vigilance élevées destinées au personnel de sécurité pour une période de plusieurs jours. Le principal leader de l’opposition, Riek Machar, reste assigné à résidence et fait face à des poursuites pour haute trahison et meurtre, accusations qu’il nie.
La décision de dissoudre le gouvernement d’unité marque une étape majeure dans la trajectoire politique du Soudan du Sud : elle ouvre la voie à des élections qui pourraient donner naissance au premier transfert de pouvoir démocratique du pays, tout en posant des questions sérieuses sur l’équilibre des pouvoirs, la transparence du scrutin et la capacité des institutions à garantir un processus électoral libre et équitable.