Alliance de sept groupes armés en Éthiopie menace le pouvoir d’Abiy Ahmed
Éthiopie : une alliance de sept groupes armés appelle à la destitution d’Abiy Ahmed
Sept groupes armés forment une alliance pour renverser Abiy Ahmed en Éthiopie; frappes par drones, saisie de l’aéroport de Mekelle et risque d’escalade.
La création d’une alliance réunissant sept mouvements armés en Éthiopie a intensifié les tensions nationales et ravivé la perspective d’une guerre élargie. L’alliance, qui affirme vouloir forcer le départ du Premier ministre Abiy Ahmed et instaurer un gouvernement de transition, regroupe des forces aux revendications et aux histoires divergentes. Depuis l’annonce, des frappes par drones et la prise de contrôle d’infrastructures clés ont marqué une escalade préoccupante sur le terrain.
Annonce et composition de l’alliance
L’alliance fédère le Mouvement national Amhara Fano, le Front populaire de libération du Tigré (TPLF), l’Armée de libération oromo (OLA) ainsi que le Front de libération nationale de l’Ogaden (ONLF), le Front d’unité démocratique révolutionnaire Afar, le Mouvement populaire de libération de Benishangul et le Mouvement démocratique populaire Gumuz. Sa déclaration fondatrice promet l’établissement d’une administration de transition après le départ du pouvoir en place, sans détailler d’organisation militaire commune ni calendrier précis d’opérations.
Violences récentes et contrôle d’infrastructures
Depuis l’annonce, des attaques ont visé des zones civiles et des infrastructures. Un bilan fait état de frappes par drones ayant touché deux écoles à Alamata, causant la mort de quatorze civils et en blessant vingt-deux. Par ailleurs, des forces tigréennes ont pris le contrôle de l’aéroport international Alula Aba Nega de Mekelle, interrompant les vols et isolant une sortie stratégique de la région. Des destructions de convois d’aide et des frappes sur habitations ont été signalées dans d’autres localités.
Contexte historique et traité de Pretoria
La rupture s’inscrit dans la continuité d’un conflit long et meurtrier. Le TPLF, acteur dominant de la vie politique éthiopienne pendant près de trente ans, a été écarté après l’arrivée au pouvoir d’Abiy Ahmed en 2018. En novembre 2022, un accord de paix signé à Pretoria a mis fin officiellement aux hostilités entre le gouvernement central et le TPLF, mais il n’a pas réglé plusieurs dossiers sensibles et n’a été signé que par les parties principales. Des groupes importants et des États voisins n’étaient pas parties prenantes, laissant des zones de friction non résolues, notamment autour du Tigré occidental.
Fragilité interne de la coalition
La principale inconnue reste la capacité de ces sept mouvements à conduire une campagne militaire et politique unifiée. Chacun conserve des objectifs territoriaux et politiques propres : rivalités locales, divisions internes et rancœurs historiques risquent de rendre toute coordination difficile. L’absence d’un commandement militaire commun dans la déclaration initiale soulève la question des priorités tactiques et des sacrifices acceptables pour chaque composante. Des dissensions sur des territoires disputés, comme le Tigré occidental, pourraient rapidement fracturer l’alliance en cas d’offensive majeure.
Dimension régionale et risques d’internationalisation
L’annonce rebat les cartes régionales. Des accusations de soutien financier et logistique à certains groupes ont été formulées, tandis que pays voisins et acteurs régionaux semblent repositionner leurs intérêts. Des affrontements antérieurs ont déjà impliqué des forces étrangères et des milices transfrontalières, et l’alignement de certains acteurs extérieurs complique la possibilité de contenir le conflit à l’intérieur des frontières éthiopiennes. De plus, des allégations d’attaques menées depuis le territoire éthiopien contre des zones voisines ont amplifié les tensions avec des voisins qui s’inquiètent de débordements.
Mobilisation des populations et conséquences humanitaires
La perspective d’une reprise large des hostilités a provoqué des déplacements massifs. Des dizaines de milliers de personnes ont quitté certaines régions par crainte d’une conscription ou d’une intensification des combats. Des signalements font état de recrutements contraints et d’une population privée depuis des mois de salaires, de médicaments et de services de base. L’interruption des voies logistiques, la destruction de stocks humanitaires et l’accès restreint aux civils augmentent le risque d’une crise humanitaire durable si les affrontements se prolongent.
Les interrogations à court terme portent sur la capacité de l’alliance à transformer sa déclaration politique en une stratégie militaire concertée, et sur la réaction du pouvoir central face à cette mise au défi multiple. Les prochains jours détermineront si ces groupes parviendront à maintenir une coordination suffisante pour peser sur la scène politique nationale ou si l’alliance se déliterait sous la pression des intérêts divergents et des rivalités locales. Les populations, déjà éprouvées, demeurent les premières victimes potentielles d’une escalade.