Une alliance armée en Éthiopie vise à renverser le Premier ministre Abiy Ahmed
Une alliance armée annonce son objectif de renverser Abiy Ahmed et provoque une nouvelle flambée de tensions en Éthiopie
Nouvelle alliance armée en Éthiopie vise à renverser le Premier ministre Abiy Ahmed ; coalition TPLF‑Fano‑OLA annonce avances militaires et alerte régionale.
La formation, le 20 septembre, d’une coalition armée rassemblant le Front populaire de libération du Tigré (TPLF), le Mouvement national Amhara Fano, l’Armée de libération oromo (OLA) et plusieurs mouvements des régions Somali, Afar et Benishangul‑Gumuz a relancé les tensions politiques et militaires en Éthiopie. L’alliance, présentée comme visant la destitution du Premier ministre Abiy Ahmed et l’instauration d’une transition inclusive, intervient alors que le gouvernement prépare l’ouverture d’un nouveau parlement et que des projets d’infrastructures stratégiques, dont une liaison pétrolière avec Djibouti, sont lancés.
Une alliance armée annoncée le 20 septembre
L’annonce officielle, rendue publique le 20 septembre, concrétise des mois de rencontres de coordination impliquant des représentants militaires et sécuritaires extérieurs. La coalition regroupe sept organisations, dont trois ont une importance stratégique majeure pour les opérations dans le nord du pays : le TPLF, Fano et le Front révolutionnaire d’unité nationale Afar (ANURF). Ces groupes opèrent à la frontière de l’Érythrée, ce qui leur offre des possibilités logistiques et un éventuel appui extérieur.
Composition des forces et divisions internes
La coalition est hétérogène : elle inclut des mouvements historiques et des commandements régionaux aux objectifs parfois divergents. L’OLA participe mais le soutien oromo reste fragmenté. Fano est composé de plusieurs commandements régionaux aux priorités variées. Dans la région somalienne, des dirigeants locaux nient l’adhésion formelle de certains groupes malgré la signature au niveau central. Ces divisions internes rendent incertaine la capacité de coordination et la représentativité politique de l’alliance.
Avancées militaires rapides dans la zone 2
Trois jours après l’annonce, des forces du TPLF, alliées à l’ANURF, ont progressé dans plusieurs districts de la zone 2 sans rencontrer de résistance organisée. L’ANURF est désormais dirigé par Ibrahim Osman Aliyu, dit Haji Ibrahim, qui a opéré une défection vers l’Érythrée avec un contingent l’an précédent. Dans un message public, il a déclaré viser le Parti de la Prospérité et a appelé la population Afar à s’écarter des combats ou à rallier ses forces. Les responsables de l’alliance ont évoqué la possible prise de l’autoroute vitale reliant l’Éthiopie au port de Djibouti.
Leçons des coalitions de 2021–2022
Le schéma rappelle la formation en 2021 d’un front uni et la dynamique qui avait alors menacé la capitale : alliances opportunistes, départs de partenaires et accords temporaires. L’accord de Pretoria de 2022, censé apaiser la situation au Tigré, n’a jamais été pleinement appliqué et n’a pas empêché le retour des affrontements. Ces antécédents montrent combien des coalitions ponctuelles peuvent se défaire ou se remodeler quand changent les intérêts territoriaux et militaires.
Contraintes logistiques et rôle de la puissance aérienne
Les capacités de projection vers Addis‑Abeba restent limitées : une offensive vers la capitale exigerait des lignes d’approvisionnement fiables, un commandement unifié et un ancrage politique le long des axes de progression. Les forces fédérales disposent de moyens aériens, dont des drones, qui exposent les colonnes et concentrent les risques pour des forces massées ou des lignes de ravitaillement découvertes. Inversement, la conquête militaire de villes contestées ne garantit ni la gouvernance ni la cohésion politique nécessaire pour administrer les territoires pris.
Facteurs régionaux et risques d’escalade extérieure
Les autorités fédérales accusent l’Érythrée de soutenir l’alliance, allégations que Asmara a niées, tandis que des éléments laissent penser à des implications extérieures. Un appui externe pourrait renforcer certaines factions mais aliéner d’autres communautés éthiopiennes. La perspective d’une confrontation directe entre Addis‑Abeba et Asmara, ou d’une implication accrue d’acteurs régionaux et du Golfe, augmenterait le risque de contagion et de complexification du conflit.
Trois trajectoires principales se dégagent : un conflit prolongé et asymétrique affaiblissant l’État sans le renverser, la fragmentation des alliances autour de concessions territoriales et d’intérêts séparés, ou, moins probable mais plus dangereux, une série de défections militaire qui ouvriraient la voie à des avancées coordonnées. Quel que soit le scénario, les débats fondamentaux sur les frontières internes, la distribution du pouvoir et la propriété de la terre resteront en suspens. La priorité immédiate reste la protection des civils et la prévention d’une escalade régionale qui ferait porter le plus lourd fardeau aux populations déjà déplacées et vulnérables.