Jaishankar fustige Washington sur commerce, terrorisme et rapprochement avec le Pakistan
Jaishankar critique ouvertement Washington : commerce, terrorisme et Pakistan fragilisent les relations Inde‑États‑Unis
À New York le 26 septembre 2026, le ministre indien S. Jaishankar a dénoncé publiquement des politiques américaines qu’il juge nuisibles pour l’Inde, creusant les tensions bilatérales.
Le ministre indien des Affaires étrangères Subrahmanyam Jaishankar a livré, le 26 septembre 2026 à New York, un réquisitoire clair contre la politique américaine à l’occasion d’un événement organisé après la 81e Assemblée générale des Nations unies. Qualifiant Washington d’insensible aux préoccupations indiennes sur le terrorisme, de conciliant envers le Pakistan et d’engagé dans des mesures commerciales qu’il juge « égocentriques », Jaishankar a affiché un ton plus critique que celui adopté traditionnellement par New Delhi envers ses alliés majeurs. Ces déclarations interviennent alors que New Delhi gère à la fois des frictions extérieures et une pression politique intérieure croissante.
Jaishankar souligne les griefs envers Washington
S’exprimant publiquement, Jaishankar a dit constater que de nombreux pays éprouvaient des difficultés relationnelles avec les États‑Unis et que l’Inde ne faisait pas exception. Il a insisté sur le fait que certains aspects clefs des relations — notamment la perception américaine du terrorisme, le rapprochement de Washington avec Islamabad et des décisions économiques — ont laissé New Delhi déçu et préoccupé. Le discours marque une rupture de ton relative : jusque‑là, l’Inde avait privilégié le traitement discret des désaccords, mais l’instabilité et l’imprévisibilité observées ces derniers mois ont conduit à une expression plus publique des divergences.
Commerce bilatéral et désaccords tarifaires
Le commerce a occupé une place centrale des reproches. En 2025, le commerce de marchandises entre l’Inde et les États‑Unis a atteint 149,1 milliards de dollars, avec un excédent indien notable. Pourtant, Jaishankar a dénoncé des politiques américaines qui, selon lui, favorisent des décisions unilatérales et peuvent pénaliser de manière disproportionnée les pays du Sud. Il a évoqué les changements récents de la politique tarifaire américaine et l’impact potentiel de nouvelles mesures — y compris la possibilité pour Washington d’imposer des droits élevés sur des importations liées à des achats d’énergie russe — comme un facteur d’incertitude. New Delhi voit dans ces évolutions des obstacles aux négociations commerciales en cours, dont la finalisation est perçue comme un élément clé pour améliorer le climat bilatéral.
Terrorisme et le conflit indo‑pakistanais
La question du terrorisme, et plus particulièrement celle liée au Cachemire, reste à la fois sensible et explosive. Jaishankar a rappelé la longue histoire d’attaques attribuées, selon New Delhi, à des acteurs soutenus depuis l’extérieur, et il a exprimé sa frustration face à ce qu’il considère comme un manque d’empathie ou de compréhension de la part de Washington. Les tensions se sont accentuées après un affrontement armé qui avait abouti à un cessez‑le‑feu négocié, selon les déclarations publiques, par la partie américaine — une posture qui a heurté New Delhi, qui considère la question comme strictement bilatérale avec le Pakistan. Parallèlement, le rapprochement public observé entre Islamabad et Washington est perçu à New Delhi comme une source d’inquiétude stratégique.
Pressions intérieures et enjeux migratoires
Les remarques de Jaishankar s’inscrivent aussi dans un contexte domestique tendu. Les récentes modifications des conditions d’accès au marché du travail des États‑Unis, notamment autour des visas de type H‑1B et des barrières administratives, ont un impact visible en Inde et alimentent le sentiment d’une relation devenue moins avantageuse pour une partie de la population. Le ministre a souligné que la mobilité et l’opportunité économique, longtemps vues comme des ponts entre les deux sociétés, sont désormais remises en question par des choix politiques américains perçus comme restrictifs. Ce facteur, conjugué aux échéances politiques internes indiennes, augmente la sensibilité du gouvernement à l’égard de concessions jugées excessives.
Options diplomatiques et perspectives d’avenir
Malgré le ton critique, plusieurs observateurs diplomatiques estiment que New Delhi ne rompt pas avec Washington, mais cherche à redéfinir et à rendre plus transparente sa relation. Jaishankar a lui‑même évoqué la possibilité qu’un accord commercial bilatéral puisse devenir une condition propice à une amélioration des liens. En l’absence d’une telle avancée, l’Inde semble déterminée à faire entendre ses préoccupations publiquement et à recalibrer ses attentes vis‑à‑vis d’une politique étrangère américaine perçue comme plus transactionnelle et imprévisible.
L’affirmation d’un discours plus ferme de la part de New Delhi reflète donc une combinaison de griefs économiques, de sensibilités sécuritaires et de pressions politiques internes. Pour l’heure, la relation entre les deux pays reste marquée par des intérêts stratégiques communs, mais son évolution dépendra en grande partie de l’issue des négociations commerciales et de la capacité des deux capitales à concilier divergences et coopération sur des enjeux régionaux et globaux.