Rapatriement de Zimbabwéens d’Afrique du Sud met en lumière crise d’emploi au Zimbabwe
Plus de 116 000 Zimbabwéens rentrent d’Afrique du Sud après les vagues anti-immigration
Plus de 116 000 Zimbabwéens sont rentrés d’Afrique du Sud après des vagues anti-immigrés; chômage, réinsertion difficile et demandes d’aide durable pour l’emploi.
Samantha Chimbuya, 30 ans, a quitté l’Afrique du Sud à la fin du mois de juin et est rentrée au Zimbabwe, craignant pour la sécurité de sa famille après des actions répétées contre les migrants sans papiers. Comme des dizaines de milliers d’autres, elle avait d’abord trouvé du travail et l’accès aux services de base en Afrique du Sud, avant de constater une montée des intimidations dans certaines provinces. La peur d’incursions nocturnes et d’attaques a poussé de nombreuses familles à embarquer et à traverser la frontière, vers Hurungwe et d’autres régions du pays.
Retour massif et chiffres officiels
Au 28 juillet, les autorités ont enregistré 116 670 retours depuis l’Afrique du Sud. Parmi ces personnes, 36 940 ont bénéficié d’une assistance organisée, tandis que 79 730 sont rentrées de leur propre initiative. Par ailleurs, 38 057 personnes se seraient inscrites pour accéder à des opportunités d’emploi à leur arrivée. Ces chiffres traduisent un mouvement migratoire important et rapide, qui a mobilisé des moyens de transport publics et privés et sollicité à la fois les institutions gouvernementales et les organisations communautaires.
Contexte des départs et date limite du 30 juin
La colère et les appels au départ se sont intensifiés au cours du premier semestre, certains groupes ayant fixé une date limite, le 30 juin, pour le départ des migrants privés de papiers. Cette échéance, imposée par des collectifs locaux, n’était pas une directive officielle, mais elle a suffi à déclencher un exode massif en raison des menaces et des violences signalées sur le terrain. Les habitants en première ligne ont décrit des descentes dans des logements et des pressions ciblées contre des étrangers perçus comme concurrents sur le marché de l’emploi ou usant des services publics.
Difficultés économiques au retour
Pour nombre de rapatriés, le retour signifie retrouver les mêmes difficultés économiques qui les avaient poussés à émigrer. Plusieurs personnes interrogées déclarent éprouver des difficultés à retrouver un emploi stable. Certaines familles se reposent désormais sur le réseau familial ou sur la charité locale, tandis que d’autres espèrent accéder à de petites subventions ou prêts pour lancer une activité. Beaucoup sont revenus sans biens immobiliers ou économies substantielles au Zimbabwe, ce qui complique la reprise d’une activité productive immédiate.
Initiatives gouvernementales et actions locales
Les autorités locales affirment mettre en place des centres de réinsertion destinés à évaluer les compétences des rapatriés et à les orienter vers des emplois ou des formations. Le gouvernement a évoqué la possibilité de recruter des enseignants qualifiés parmi les rentrants et encourage les entreprises à embaucher des personnes disposant de compétences spécifiques. Des programmes de formation professionnelle et d’appui à la création d’entreprises sont également envisagés, tandis que certaines municipalités coordonnent l’aide matérielle et logistique.
Exemples de reprise et rôle des communautés
Malgré les difficultés, plusieurs retours se sont transformés en opportunités locales. Sidney Bunya, menuisier formé en Afrique du Sud, a rapatrié ses outils et lancé une petite entreprise qui emploie aujourd’hui cinq personnes. Des églises et des organisations communautaires ont joué un rôle clé en offrant des abris temporaires, des repas et en organisant des sessions de formation en soudure, menuiserie et informatique. Ces initiatives locales montrent que, lorsque des compétences et des outils sont disponibles, la réinsertion peut être rapide et créatrice d’emplois au niveau local.
Appels à des mesures de soutien pérennes
Les leaders communautaires et des défenseurs des droits demandent des réponses à plus long terme que la simple organisation du rapatriement. Ils réclament des subventions ciblées, des intrants agricoles, des machines et un soutien financier pour démarrer de petites entreprises. Selon ces acteurs, il ne s’agit pas seulement de transporter les personnes au-delà de la frontière mais de garantir leur sécurité économique une fois revenues, par des programmes structurés et financés sur la durée.
Le défi posé par ces retours massifs reste double : assurer une prise en charge immédiate des besoins essentiels tout en structurant des programmes durables pour créer de l’emploi et stabiliser les revenus des ménages. Sans une stratégie coordonnée entre l’État, le secteur privé et les organisations communautaires, de nombreux rapatriés risquent de retourner à la précarité.