Inde accueille Smotrich et approfondit ses liens avec Israël malgré Gaza
Relations Inde‑Israël sous tension : la visite controversée de Bezalel Smotrich met New Delhi sous les projecteurs
La visite en Inde du ministre israélien d’extrême droite Bezalel Smotrich en septembre 2025, accueillie par des cérémonies officielles malgré des interdictions d’entrée émises par plusieurs pays, illustre le renforcement des liens commerciaux et stratégiques entre New Delhi et Tel‑Aviv au moment où l’isolement international d’Israël s’accentue.
L’arrivée de Bezalel Smotrich en Inde a suscité une vive controverse internationale. Déjà interdit d’entrée par le Royaume‑Uni, la France, l’Australie, la Nouvelle‑Zélande, le Canada et la Norvège en raison de ses positions attribuées contre les Palestiniens, Smotrich a pourtant été accueilli en Inde avec des guirlandes, des visites officielles et des accords signés à New Delhi, Mumbai et dans l’État du Gujarat. Sa tournée a coïncidé avec une période de tensions accrues au Proche‑Orient et avec l’annonce imminente de sanctions de l’Union européenne contre lui et un autre ministre d’extrême droite, Itamar Ben‑Gvir.
Accueil officiel et tournée de Smotrich en Inde
La visite a inclus la signature d’un accord commercial à New Delhi, une visite de la bourse de Mumbai et l’inauguration d’un centre d’investissement au Gujarat. Ces événements ont été interprétés par des observateurs comme le signe d’une volonté indienne d’accroître les relations économiques et de défense avec Israël. Les cérémonies publiques et le traitement protocolaire accordé à un ministre placé sous le coup d’interdictions à l’étranger ont amplifié les critiques de la part d’acteurs et d’opinions internationales.
Discordances internationales et sanctions européennes
Plusieurs pays occidentaux ont imposé des restrictions à l’encontre de responsables israéliens en réponse à des appels et déclarations jugés extrêmes, tandis que l’Union européenne préparait fin 2025 des mesures coordonnées contre certains responsables. En parallèle, au moins onze pays européens et le Canada ont adopté des mesures commerciales visant des produits des colonies en Cisjordanie, ainsi que des sanctions ciblées contre des colons et réseaux accusés de violences contre des Palestiniens.
Le rôle de Modi et l’évolution de la politique indienne
Depuis l’arrivée au pouvoir de Narendra Modi et du Bharatiya Janata Party en 2014, New Delhi a opéré un basculement significatif de sa politique extérieure. Un rapprochement plus ouvert avec Israël est désormais visible, illustré par la visite de Modi en Israël en février 2026. Les responsables indiens mettent en avant des convergences en matière de sécurité et de lutte contre le terrorisme ; des voix au sein de l’État et de la société indienne expriment une admiration pour la posture sécuritaire israélienne, ce qui influence le calcul politique de New Delhi.
Conséquences militaires et commerciales
Les liens croissants comprennent des partenariats en matière de défense et des échanges commerciaux renforcés. Des enquêtes et reportages ont affirmé que l’Inde a exporté des équipements vers Israël au cours du conflit en cours à Gaza, et qu’elle est devenue l’un des plus importants acheteurs d’armement israélien. Ces flux commerciaux et technologiques ajoutent une dimension matérielle au rapprochement diplomatique, tout en suscitant des questions sur la responsabilité politique et la conformité aux normes internationales en période de conflit.
Réactions publiques et politique intérieure indienne
À l’intérieur de l’Inde, le positionnement vis‑à‑vis d’Israël s’inscrit dans un contexte politique national marqué par l’essor d’un discours majoritairement hindouiste. Certains analystes soulignent que l’alignement avec Israël s’inscrit dans un récit politique qui utilise la lutte contre l’extrémisme islamique comme élément de mobilisation. Le parti d’opposition, historiquement plus proche de la cause palestinienne, conserve des positions pro‑Palestine qui restent politiquement sensibles compte tenu de la composition religieuse du pays.
Les chiffres humains du conflit ont également joué un rôle dans le débat public. Des bilans évoquent des pertes massives dans la population palestinienne depuis le début des hostilités, un élément central des appels internationaux en faveur d’un arrêt des violences et d’un accès humanitaire accru. New Delhi continue en parallèle de réaffirmer son soutien public à une solution à deux États, tout en adoptant une diplomatie mesurée qui évite la confrontation ouverte avec Israël.
La visite de Smotrich et le renforcement bilatéral mettent en évidence un dilemme diplomatique pour l’Inde : concilier des intérêts stratégiques et commerciaux avec des attentes internationales en matière de respect des droits et du droit humanitaire. À court terme, New Delhi semble privilégier des gains tangibles en matière de sécurité et de technologie ; à moyen terme, cette trajectoire pourrait exposer l’Inde à des pressions diplomatiques accrues, à des débats internes sur la cohérence de sa politique étrangère et à des critiques sur sa capacité à défendre des positions de principe sur les questions de souveraineté et de droits des civils en période de conflit.