Éthiopie accuse l’Érythrée d’invasion et de soutien au TPLF, Asmara dément
Éthiopie accuse l’Érythrée d’« invasion totale » au Tigré ; Asmara nie tout soutien au TPLF et rompt les relations diplomatiques
L’Éthiopie a écrit au Conseil de sécurité de l’ONU pour dénoncer une « invasion totale » de troupes érythréennes dans le nord du Tigré, affirmant que des forces adverses ont pénétré jusqu’à 60 km à l’intérieur de son territoire ; l’Érythrée rejette ces accusations, nie soutenir le Front populaire de libération du Tigré (TPLF) et affirme être victime d’une « guerre d’agression ». Les échanges ont entraîné une rupture diplomatique et une montée des tensions militaires dans la Corne de l’Afrique.
Accusations d’invasion totale adressées à l’ONU
Dans une lettre officielle adressée au Conseil de sécurité, le ministère éthiopien des Affaires étrangères a dénoncé ce qu’il qualifie d’invasion « de certaines parties du nord de l’Éthiopie » par des forces érythréennes. Addis-Abeba a demandé un retrait immédiat et a invoqué son droit à l’autodéfense face à ce qu’elle décrit comme un acte d’agression flagrant. Le message, envoyé également à responsables étrangers, souligne la gravité de la situation et appelle la communauté internationale à intervenir pour prévenir une escalade générale.
Réfutation et posture érythréenne
Asmara a vigoureusement rejeté les allégations. Le ministre érythréen de l’Information a dénoncé ce qu’il présente comme une guerre non provoquée menée par l’Éthiopie contre l’Érythrée, et a assuré que son pays n’apporte aucun soutien au TPLF. L’Érythrée affirme avoir fait preuve de retenue malgré des provocations répétées et dénonce des visées d’Addis-Abeba visant, selon elle, à s’emparer du port d’Assab pour restaurer un accès à la mer pour l’Éthiopie enclavée.
Mouvements de troupes et combats récents dans le Tigré
Les forces éthiopiennes ont récemment revendiqué la reprise de plusieurs centres urbains dans la région du Tigré, dont la capitale régionale Mekelle. Des combats ont également affecté des villes comme Shire et Adigrat. Des rapports de présence de troupes érythréennes près d’Adigrat ont circulé, suivis d’attaques aériennes utilisant des drones qui ont frappé certaines positions. Ces mouvements, conjugués aux opérations du TPLF et à la contre-offensive éthiopienne, traduisent une situation militaire volatile sur le terrain.
Rupture diplomatique entre Addis-Abeba et Asmara
La détérioration des relations diplomatiques a été rapide : l’Éthiopie a fermé son ambassade à Asmara et expulsé des diplomates érythréens, tandis que l’Érythrée a annoncé la rupture de ses liens avec son voisin. Ces mesures renforcent le risque d’un face-à-face durable et réduisent les canaux de communication diplomatique nécessaires pour désamorcer les tensions. La fermeture des représentations et l’expulsion de personnels accentuent par ailleurs le climat d’incertitude pour les populations locales et les acteurs humanitaires présents dans la zone.
Enjeux stratégiques : port d’Assab et accès à la mer
Le conflit s’inscrit aussi dans une logique géopolitique plus large. L’Éthiopie, qui a perdu son accès à la mer après l’indépendance de l’Érythrée en 1993, soutient depuis longtemps qu’elle a droit à un accès côtier ; cette revendication est perçue à Asmara comme une menace directe contre le port d’Assab sur la mer Rouge. La possibilité d’un contrôle éthiopien de ports érythréens est un facteur majeur de tension et explique en partie la fermeté de la réponse d’Asmara et l’attention stratégique internationale portée à la région.
Risques régionaux et implications pour la Corne de l’Afrique
La montée des hostilités entre ces deux États voisins a des répercussions au-delà de leurs frontières : risques d’embrasement régional, perturbation des routes maritimes de la mer Rouge et conséquences humanitaires pour les civils déplacés par les combats. Les alliances locales, les rivalités régionales et les intérêts pour les voies maritimes confèrent à ce conflit un potentiel de contagion qui inquiète les États riverains et les acteurs internationaux préoccupés par la stabilité et la sécurité maritime.
Les développements récents — avances de troupes, frappes aériennes et coupures des liens diplomatiques — rendent d’autant plus urgente la recherche de mécanismes de désescalade et de garanties pour protéger les civils. La situation demeure fragile et susceptible d’évoluer rapidement sur le plan militaire et diplomatique.