Meriëm Najjar découverte surdouée à 27 ans révèle biais d’orientation scolaire aux Pays-Bas
Aux Pays-Bas, Meriem Najjar découvre sa précocité à 27 ans et met en lumière les biais d’orientation scolaire envers les élèves aux noms arabes
Meriem Najjar, surdouée découverte à 27 ans, raconte comment une orientation initiale l’a freinée; une étude néerlandaise note un demi-niveau d’écart pour noms arabes.
Meriem Najjar, aujourd’hui spécialiste de la précocité, retrace un parcours scolaire marqué par une orientation initiale défavorable, des stratégies d’adaptation pour éviter l’attention et un changement de prénom destiné à faciliter son insertion. Découverte surdouée à l’âge adulte, elle dénonce des mécanismes d’évaluation et d’orientation qui, selon une importante étude nationale, auraient conduit des élèves portant des noms perçus comme arabes à être scolarisés en moyenne un demi-niveau en dessous de leurs pairs à intelligence comparable.
Décision d’orientation en fin d’école primaire
À la fin de l’école primaire, Meriem a reçu une recommandation d’orientation vers le vmbo, la voie principalement professionnelle du secondaire néerlandais. Convaincue de pouvoir suivre un cursus plus général, elle n’a pas contesté l’avis de son enseignant. Cette recommandation initiale a orienté son parcours et semé le doute sur ses capacités scolaires. Une évaluation réalisée à son entrée au secondaire a toutefois révélé qu’elle pouvait suivre la filière havo; elle a alors intégré une classe mixte vmbo-havo et, après deux années de travail, a réussi à rejoindre la havo.
Stratégies d’adaptation et pression sociale
Durant sa scolarité, Meriem a vécu dans un village à majorité chrétienne où elle était la seule élève voilée de sa classe. Ses bons résultats suscitaient parfois des remarques de camarades; pour ne pas attirer l’attention, elle dit s’être volontairement autocensurée en laissant des réponses incomplètes lors d’évaluations. Ces comportements d’évitement témoignent d’un double handicap : la sous-estimation institutionnelle et la stigmatisation sociale, qui peuvent freiner l’épanouissement intellectuel d’élèves performants mais perçus comme différents.
Découverte tardive de la précocité et prise de conscience
Meriem n’a découvert sa haute potentialité intellectuelle qu’à 27 ans. Cette révélation lui a permis de mieux comprendre son fonctionnement cognitif et les raisons de ses difficultés à se situer dans le système scolaire. Sa première réaction fut de s’interroger sur l’absence de repérage précoce. La découverte tardive met en évidence des lacunes dans les procédures d’identification des élèves à haut potentiel, en particulier parmi les enfants issus de familles biculturelles ou minoritaires.
Changement de prénom pour s’intégrer
Consciente des obstacles rencontrés par son frère aîné sur le marché du travail, Meriem avait adopté un prénom néerlandais, Mirjam, pendant plusieurs années pour faciliter son intégration sociale et professionnelle. Elle a repris son prénom d’origine à la fin de 2024. Ce changement souligne l’impact des signaux d’identité perçus par l’entourage et par les institutions scolaires, et la façon dont ils peuvent influer sur les trajectoires éducatives et professionnelles.
Données statistiques sur l’orientation et l’origine des noms
Une étude nationale fondée sur 6 409 évaluations cognitives aux Pays-Bas révèle qu’à niveau d’intelligence comparable, les élèves portant des noms considérés comme arabes étaient scolarisés en moyenne un demi-niveau plus bas que ceux portant des noms européens. L’étude mesure un écart moyen sans identifier de causes précises, mais le chiffre alerte sur des potentialités de biais dans la façon dont les institutions évaluent et orientent les élèves. Ce constat invite à réexaminer les critères de repérage et à renforcer les dispositifs de contrôle des orientations.
Intervention professionnelle et recommandations
Aujourd’hui spécialiste du haut potentiel, Meriem travaille avec des enfants, leurs familles et des établissements scolaires pour améliorer le repérage et l’accompagnement. Elle rencontre fréquemment des familles biculturelles dont les enfants ont été sous-estimés. Son action combine information des parents, formation des enseignants sur les signes de précocité et propositions d’aménagements pédagogiques adaptés. Ces mesures visent à limiter les erreurs d’orientation et à offrir des parcours scolaires mieux alignés sur les capacités réelles des élèves.
Les éléments du parcours de Meriem Najjar illustrent à la fois les conséquences individuelles d’une orientation inadaptée et les enjeux systémiques d’équité scolaire. Ils soulignent la nécessité d’outils de dépistage plus sensibles, d’un accompagnement professionnel renforcé pour les enseignants et d’une vigilance accrue face aux biais liés aux signaux d’identité, afin que chaque élève soit orienté selon son potentiel réel et non selon des préjugés implicites.