Ouganda arrestations et disparitions visent internautes et journalistes critiques
Arrestations et disparitions en Ouganda mettent en tension liberté d’expression et sécurité
En Ouganda, une série d’arrestations, d’allégations d’enlèvement et de détentions liées à des critiques en ligne suscite une inquiétude croissante : influence politique, menaces et restrictions affectent utilisateurs de réseaux sociaux, journalistes et familles.
Arrestation d’une utilisatrice de réseaux sociaux
Praise Aloikin Opoloje a été placée en détention le 26 septembre 2026, inculpée d’avoir utilisé une carte SIM enregistrée au nom de sa mère pour des activités présumées illégales. Présentée devant le tribunal de grande instance de Buganda Road le 28 septembre, elle a nié les accusations en invoquant le règlement 29 du règlement ougandais de 2024 sur l’interception des communications. Opoloje affirme que sa détention fait suite à une vidéo dans laquelle elle déclarait qu’elle n’avait pas peur du général Muhoozi Kainerugaba. Elle a été libérée sous caution le 14 octobre 2026, mais le tribunal a exigé une autorisation préalable avant tout voyage à l’étranger. Elle dit que la procédure a pesé sur sa mère et sa fille de trois ans.
Allégations d’enlèvement et d’intimidation
Opoloje raconte avoir été attirée dans un poste de police de Kampala par une fausse accusation de vol d’un tapis, puis contrainte par six hommes à monter dans une camionnette Toyota HiAce — décrite localement comme un « drone ». Selon son récit, les hommes l’ont battue, menacée de viol et l’ont conduite vers Entebbe avant qu’un appel ne les ramène au commissariat central de Kampala. L’une des menaces rapportées aurait fait référence à la punition réservée à ceux qui « insultent notre président ». Ces allégations d’enlèvement et de mauvais traitements n’ont pas été vérifiées de façon indépendante, mais elles illustrent le climat de peur évoqué par plusieurs témoins.
Cas d’un adolescent porté disparu
La disparition du jeune William Baliza, 17 ans, ajoute une dimension familiale à ces incidents. Son père, Emmanuel Baliza, dit que William a été emmené en février 2026 après avoir exprimé son intention de manifester contre la brutalité policière et le système éducatif. Emmanuel relate qu’un étranger a attiré son fils avec un prétexte lié à la terre, puis qu’environ six hommes en tenue militaire et masques l’ont arrimé dans une HiAce après avoir fouillé son téléphone. La famille a été informée oralement que William aurait été conduit à l’Unité des enquêtes spéciales, mais aucun numéro de référence n’a été fourni et les autorités ont nié le détenir. Des proches évoquent la possibilité d’une détention dans un centre militaire à Kasenyi, près d’Entebbe, tandis que des publications attribuées au jeune homme sur TikTok — notamment « L’Ouganda saigne » — sont citées comme contexte de l’interpellation.
Pression et abus signalés par des journalistes
Le journaliste et militant des droits humains Andrew Tabandama Natumanya affirme avoir été ciblé après avoir couvert une opération de sécurité touchant des propriétés liées à l’ancienne présidente du Parlement, Anita Among. Andrew dit avoir publié des mises à jour en temps réel sur X et estime que ces publications ont attiré l’attention des services de sécurité. Il allègue avoir été attiré le 17 juin 2026 vers une aire de lavage, enlevé, agressé et humilié — notamment en étant déshabillé et photographié — puis détenu pendant cinq jours avant d’être libéré sous caution. Malgré ces expériences, il déclare qu’il poursuivra ses reportages, en adaptant ses méthodes. Parmi les affaires ayant généré un fort retentissement médiatique figure la saisie de véhicules de luxe lors d’enquêtes liées à Among; elle a ensuite été assignée à résidence puis remise en liberté après une décision présidentielle.
Cadre juridique et défense des personnes arrêtées
Des avocats de défense des droits humains signalent une utilisation répétée d’infractions informatiques et de lois sur la diffamation contre des internautes. Steven Atukwatse, avocat au Centre de recherche Agora, indique avoir traité plusieurs affaires de ce type depuis novembre 2025, incluant une douzaine de dossiers. Il souligne la difficulté pour les familles et les conseils de défense de localiser les personnes détenues et d’établir des preuves tangibles d’enlèvement ou de mauvais traitements. Selon lui, même lorsque des personnes sont libérées, les charges peuvent rester suspendues, limitant de facto leur liberté et leurs possibilités professionnelles.
Réponse officielle des forces de sécurité
La chaîne de commandement militaire a réagi en appelant à l’exigence de preuves pour étayer les accusations de conduite illégale. Le porte-parole de l’armée a insisté sur le respect de la loi par les forces armées, sur la coopération avec la police et les agences de renseignement et sur la présentation en justice des personnes soupçonnées de crimes violents. Les autorités ont également rappelé l’existence de lois sur la diffamation, utilisées pour justifier des poursuites contre des personnes qui publient des allégations non étayées. La version officielle rejette l’idée d’enlèvements systématiques et affirme que les personnes « disparues » réapparaissent en comparution devant les tribunaux.
La succession de récits — arrestation pour une carte SIM, allégations d’enlèvement, disparition d’un mineur et agressions signalées contre un journaliste — met en lumière un terrain de tension entre sécurité nationale, pratiques policières et liberté d’expression numérique. Les familles restent sans certitude sur le sort de proches détenus, certains accusés restent sous la menace de procédures non abandonnées, et les voix critiques en ligne déclarent subir des pressions. L’issue de ces dossiers et l’examen éventuel des allégations de mauvais traitements détermineront l’ampleur de l’impact sur la liberté d’expression et la confiance des citoyens dans les institutions en Ouganda.