de plus en plus de MRE reviennent pour créer, enseigner et innover
Intitulée « Dynamiques et moteurs du retour des compétences marocaines dans le monde : un regard ethnographique sur le monde universitaire et le monde de l’entrepreneuriat », l’étude montre que les MRE qui reviennent s’installer au Maroc investissent dans deux domaines centraux : le monde universitaire et l’entrepreneuriat. Selon l’anthropologue Farid El Asri, l’un des auteurs de l’étude, plusieurs raisons sous-tendent le retour de ces MRE : des raisons familiales ou affectives, pour certains, et l’envie de participer activement au développement du pays, voire l’envie de créer des projets innovants et socialement significatifs, pour d’autres. « Le retour n’est jamais un simple retour géographique : il implique une réinvention de soi, une négociation entre identité transnationale et appartenance locale, ainsi qu’une redéfinition de son rôle professionnel et social », ajoute-t-il.
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La majorité de ces MRE sont titulaires d’un diplôme universitaire supérieur et disposent d’une expérience professionnelle internationale diversifiée. Ils préfèrent mettre leurs compétences au service d’établissements de partenariat public-privé. Motivation simple : ces établissements offrent une plus grande flexibilité pédagogique, une plus grande ouverture internationale et une diversité linguistique qui facilitent la transition des compétences venues de l’étranger, rapporte Le matinajoutant qu’ils permettent également d’articuler les normes académiques internationales avec les spécificités locales, offrant aux MDM un espace d’innovation curriculaire et de dialogue interculturel. Cependant, leur intégration n’est pas facile. Des témoignages recueillis émergent des contraintes institutionnelles récurrentes : lenteurs administratives, rigidités structurelles, difficultés à obtenir des postes ou des responsabilités en adéquation avec leurs qualifications, accès limité au financement et absence de dispositifs adaptés à leurs besoins spécifiques.
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Mais El Asri voit des réponses innovantes à travers ces contraintes. “Les entrepreneurs de la diaspora doivent composer avec un environnement parfois rigide, mais c’est précisément cette contrainte qui stimule la créativité. Ils utilisent leur capital social, leurs connaissances et réseaux acquis à l’étranger et développent des méthodes de gestion et d’organisation flexibles”, explique-t-il. La diaspora devient ainsi un moteur potentiel d’innovation. Son intégration nécessite cependant la reconnaissance des spécificités de ces parcours transnationaux.
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L’étude propose une vision stratégique pour structurer la mobilisation des compétences MDM. Cela passera notamment par la création d’une Fondation Mohammedia pour les Marocains résidant à l’étranger, dont la mission serait de centraliser et coordonner les initiatives diasporiques, de soutenir les investissements et de rationaliser les démarches administratives. Cette fondation serait considérée comme un bras exécutif de gouvernance participative, capable de rassembler les institutions publiques, le monde associatif et le secteur économique. L’étude suggère également de développer une diplomatie scientifique et entrepreneuriale : création d’incubateurs, de programmes de mentorat, de financements adaptés et de pôles de recherche, afin de structurer et canaliser l’apport intellectuel, technologique et économique des MDM.
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Pour El Asri, « comprendre comment les MDM s’installent, recomposent leur identité et négocient leur intégration sociale revient à reconnaître leur rôle moteur dans l’innovation, le renouvellement des espaces sociaux et le renforcement des liens entre le Maroc et sa diaspora ».