la nouvelle loi européenne qui ébranle les banques marocaines
Les banques marocaines retiennent leur souffle. La directive européenne n°2024/1619, qui est sur le point d’entrer en vigueur, impose des règles plus strictes aux succursales de banques étrangères opérant dans l’UE. L’objectif de Bruxelles est d’harmoniser la supervision financière, mais l’effet collatéral pour le Maroc pourrait être lourd.
Lire : L’Europe veut bloquer les transferts de MRE
Les enjeux sont colossaux. Les transferts des Marocains du monde (MRE) représentent une véritable bouffée d’air frais pour l’économie nationale, représentant près de 7,7% du PIB. En 2024, la générosité de la diaspora a une nouvelle fois battu des records, soutenant des milliers de familles et reconstituant les réserves en devises du Royaume.
Face à ce durcissement réglementaire, Bank Al-Maghrib et le gouvernement craignent des perturbations. La principale crainte ? Que les nouvelles exigences de conformité ne ralentissent pas la fluidité de ces flux financiers essentiels.
Menace sur les coûts, pas sur les flux
Certains experts appellent toutefois à la nuance. Pour l’économiste Driss Effina, l’alarmisme ambiant est exagéré. Il précise que le véritable impact opérationnel ne se fera pas sentir avant 2027, laissant une marge de manœuvre. La directive ne vise pas spécifiquement le Maroc et n’impose pas automatiquement la coûteuse transformation des succursales en filiales, sauf risque systémique avéré.
Le vrai danger est ailleurs. Si les banques marocaines doivent dépenser des fortunes pour se conformer aux normes européennes, elles risquent de répercuter ces coûts sur les clients. Une augmentation des frais de transfert ou un allongement des délais pourrait alors intervenir.
Lire : L’Europe veut bloquer les transferts de MRE vers le Maroc
Le risque final n’est donc pas l’arrêt des transferts, mais un changement de canal. Si les banques traditionnelles deviennent trop chères ou trop lentes, la diaspora pourrait se tourner massivement vers les Fintech et les solutions de paiement numérique, laissant les agences traditionnelles sur la touche.