« L’Algérie tourne le dos au Polisario »
Khadija Mohsen-Finan estime que la résolution du Conseil de sécurité de l’ONU “change beaucoup de choses, car c’est ce qu’attendaient les Marocains, à savoir la reconnaissance par la communauté internationale de ce que Hassan II appelait leur titre sur le Sahara”. Le politologue explique dans un entretien à RFI qu'”à l’heure où plusieurs Etats, comme les Etats-Unis, la France, la Grande-Bretagne, s’apprêtent à investir sur ce territoire, il fallait absolument dépasser, si l’on veut, le fait qu’on était dans un schéma colonial, puisqu’il fallait décoloniser ce territoire. Il fallait donc sortir de ce schéma de colonisateurs et de colonisés. Et c’est ce qui a été fait avec le vote de vendredi dernier au Conseil de sécurité des Nations Unies”.
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Le spécialiste du Maghreb a également évoqué l’abstention des Russes et des Chinois lors du vote de cette résolution. “Disons que le ministre marocain des Affaires étrangères Nasser Bourita s’est rendu à Moscou et que les Marocains avaient l’assurance que les Russes ne pourraient pas leur reprocher la situation. Et très probablement, la dernière version du texte de la résolution a été faite pour que les Russes et les Chinois puissent s’abstenir et ne pas voter contre, en ajoutant le terme “autodétermination”. C’est très précieux pour les Russes, c’est très précieux pour les Chinois”, a-t-elle déclaré au micro de Christophe Boisbouvier, rappelant que “depuis plusieurs Depuis des années, les Russes entretiennent de très bonnes relations avec le Maroc. Nous ne sommes plus du tout dans le schéma de la guerre froide.
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Avec cette posture inédite de Moscou et de Pékin, “on peut légitimement s’attendre à ce que les Russes et les Chinois soient attentifs au type d’autonomie qui sera mis en place par le Maroc dans cette région”, analyse Khadija Mohsen-Finan qui trouve par ailleurs “surprenant” le refus de l’Algérie, membre du Conseil de sécurité cette année, de prendre part au vote de la résolution. “Très probablement parce que l’Algérie veut revenir sur la scène régionale et internationale, parce qu’elle s’appuie beaucoup sur un partenariat économique et stratégique avec Washington, avec les Etats-Unis et parce qu’en fin de compte, elle a peut-être accepté de s’inscrire dans ce que certains pourraient appeler la realpolitik. Mais c’est néanmoins une manière de tourner le dos au Front Polisario, à l’autodétermination qu’il porte depuis 50 ans”, affirme-t-elle.
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Et d’insister : “S’il y a une sortie honorable à travers ce texte de résolution, personne ne sait ce qu’il adviendra aujourd’hui des Sahraouis de Tindouf, ce qu’il adviendra de la cause sahraouie. Personne n’en parle et je ne pense pas du tout qu’ils continueront à être parrainés ou protégés par Alger. Et c’est bien cela leur préoccupation. Et dans les dernières déclarations du Front Polisario, on peut néanmoins entrevoir un sentiment de désespoir. (…) Le Front Polisario seul Il ne peut pas affronter le Maroc. Et de toute façon, il a dû attendre l’autorisation d’Alger pour agir sur le plan militaire. » Pour le spécialiste du Maghreb, la balle est désormais dans le camp du Maroc, qui doit préciser ce que prévoit son plan d’autonomie : « Aujourd’hui, si nous voulions appliquer une véritable autonomie au Maroc, le projet politique marocain ne le permettrait pas. Il doit y avoir un plan de décentralisation et de démocratisation de ce pays pour que l’autonomie puisse s’établir… » conclut le politologue.