Le Maroc n’a plus assez d’enfants, le vieillissement s’accélère
Les chiffres du Haut-Commissariat au Plan (HCP) sont sans appel : le Maroc a définitivement tourné la page de son éternelle jeunesse. Au 1er septembre 2024, le pays comptait 5,027 millions de personnes âgées de 60 ans et plus. En seulement vingt ans, cette catégorie de population a plus que doublé, passant de 2,3 millions en 2004 à plus de 5 millions aujourd’hui. Le rythme s’accélère de façon vertigineuse : si la hausse était de 33 % entre 2004 et 2014, elle a bondi de près de 60 % au cours de la dernière décennie. Les seniors représentent désormais 13,8 % de la population totale, contre seulement 7,2 % après l’indépendance.
Lire : Retraités MRE : comment obtenir la réduction de 90% à la douane ?
Cette métamorphose structurelle s’accompagne d’un phénomène inquiétant : la contraction de la base productive. Pour la première fois, la part de la population en âge de travailler (15-59 ans) est en baisse, tombant à 59,7%, tandis que le vivier des jeunes (moins de 15 ans) continue de se vider, ne représentant que 26,5% des Marocains. La pression sur les travailleurs devient insoutenable : l’indice de dépendance, qui mesure le poids économique des retraités sur les travailleurs, a explosé pour atteindre 22,8 % en 2024. Une situation aggravée par la féminisation de la vieillesse, les femmes vivant plus longtemps mais se retrouvant souvent plus précaires.
Lire : Pénurie de main d’œuvre : l’Europe se tourne vers le Maroc
La cause de ce bouleversement est désormais structurelle : le Maroc n’a plus assez d’enfants pour renouveler ses générations. L’indice synthétique de fécondité est tombé à 1,97 enfant par femme, soit en dessous du seuil fatidique de remplacement (2,1). L’abaissement de l’âge du mariage (32,4 ans pour les hommes, 24,6 ans pour les femmes), l’urbanisation galopante et la généralisation de la contraception ont transformé le modèle familial marocain. Face à cette transition démographique réalisée plus rapidement que prévu, le HCP prévient : sans une réforme profonde de la protection sociale et de la solidarité intergénérationnelle, le système risque de s’effondrer.