Les MRE dans le collimateur du blanchiment d’argent
Ce sont les notaires et les agents immobiliers qui ont tiré la sonnette d’alarme. Plusieurs transactions suspectes ont retenu leur attention : de nouvelles sociétés, surgies de nulle part, injectent des sommes colossales pour racheter des projets immobiliers paralysés depuis des mois, voire des années.
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La méthode est bien rodée : ces « sauveurs » versent d’importantes cautions pour lever les saisies bancaires qui pèsent sur les titres fonciers. En apparence, tout est légal. Les frais d’inscription sont payés, les impôts payés, le tout via des études notariales pour endormir la vigilance des contrôleurs financiers, indique Hespress.
Connexions avec l’Espagne et les Pays-Bas
L’enquête de l’ANRF, menée en coordination avec Bank Al-Maghrib et l’Administration fiscale, vise particulièrement trois repreneurs. Les renseignements provenant d’Espagne et des Pays-Bas relient ces individus au trafic international de drogue. Deux d’entre eux, résidant à l’étranger et possédant d’autres nationalités, présentent un décalage flagrant entre la modeste valeur de leurs entreprises et les sommes astronomiques brassées sur le terrain.
Leur stratégie ne s’arrête pas au simple achat. Ces réseaux font appel aux cabinets comptables pour une véritable « ingénierie de la dette ». Restructuration de dettes, partage d’actifs ou rachat d’actions : tout est fait pour compliquer les arrangements et masquer l’origine illicite des fonds injectés pour relancer ces projets (souvent bloqués pour cause de malfaçon ou de faillite).
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Face à cette recrudescence, l’ANRF a transmis 84 dossiers aux procureurs du Roi entre 2023 et 2024, marquant une augmentation de plus de 18% des dossiers transmis à la justice.