L’usine automobile européenne ?
Alors que l’Espagne, traditionnellement considérée comme l’usine bon marché du continent, a vu sa production ralentir avec une baisse de 8,4% au premier semestre, le Maroc a connu une accélération sans précédent. La production du Royaume a augmenté de 36% et se dirige vers la barre du million de véhicules, s’imposant désormais comme le premier producteur en Afrique et le cinquième exportateur de voitures particulières vers l’Union européenne.
Cette montée en puissance s’appuie sur une stratégie industrielle agressive alliant réduction des coûts et logistique efficace. Le différentiel de compétitivité est majeur : l’écart salarial permet d’embaucher jusqu’à dix salariés à Tanger pour le prix d’un ouvrier français, et la facture énergétique industrielle y est nettement inférieure à celle de l’Espagne. Le Maroc a su capitaliser sur ces atouts en développant un écosystème complet autour du port de Tanger Med, attirant une ceinture de fournisseurs et des investissements massifs. Renault y a dépassé les 400 000 véhicules produits en 2024, tandis que Stellantis a injecté 1,2 milliard d’euros dans son usine de Kénitra pour doubler sa capacité à 535 000 unités et augmenter la production de modèles électriques urbains. Le pays se positionne également sur le secteur stratégique des batteries, attirant les industriels chinois grâce à son accès au cobalt et ses incitations fiscales.
La délocalisation de la Citroën C4, symbole d’un changement de cycle
La perte de compétitivité de l’Europe du Sud face à ce nouveau pôle industriel a des conséquences concrètes pour les usines espagnoles. Le secteur espagnol, pénalisé par des coûts énergétiques élevés et une baisse de la demande européenne, voit des modèles historiques quitter son sol. C’est le cas de la prochaine génération de Citroën C4 et C4
Ce mouvement est perçu comme un signal clair pour l’ensemble de la filière : si les résultats financiers sont meilleurs au Maroc, les futurs modèles traverseront le détroit. Même si une certaine complémentarité demeure, l’Espagne restant fournisseur de moteurs et de boîtes de vitesses, l’organisation patronale espagnole ANFAC prévient que sans une politique industrielle réactive et une réduction de la facture énergétique, le pays risque de perdre son statut au profit d’un voisin qui vise désormais 1,4 million de véhicules produits à court terme.